Pierre nous parle de son métier devenu passion : la menuiserie

27/04/2017 Partager sur

Pierre, menuisier et formateur aux Compagnons du Devoir, a répondu à nos questions et nous dévoile tous les secrets de ce métier d’artisanat.

En quoi consiste votre métier de menuisier ?

Le menuisier c’est celui qui travaille le bois, qui fabrique des portes, des fenêtres, des escaliers, qui s’occupe de faire le parquet, mais aussi de tout ce qui concerne l’agencement (c’est-à-dire l’installation, la fabrication de cuisines, de meubles de salles de bain, de meubles sur mesure…). C’est au moment où le menuisier est chargé de l’agencement qu’il va travailler d’autres matières que le bois massif.

Et concrètement si vous deviez décrire les principales tâches que vous effectuez au cours d’une semaine type ?  

Un projet de menuiserie s’étale en général sur une ou deux semaines, selon son envergure. Le temps laissé pour la réalisation est donc assez court. Mais ce qui est agréable est d’entamer le projet, de le voir rapidement achevé puis d’enchaîner sur un autre type de projet. Lorsque l’on commence un projet, on est tout d’abord amené à prendre toutes les mesures nous-mêmes, c’est-à-dire mesurer l’emplacement de la porte, de la fenêtre ou de la cuisine par exemple. Il s’agit pour la plupart du temps d’une analyse de plan qui a été faite au préalable par un bureau d’études ou un architecte.

Une fois le plan conçu et analysé, il est nécessaire de passer par une partie de réflexion qui consiste à organiser toutes les étapes de la production pour savoir dans quel ordre les tâches vont être réalisées. Par exemple pour réaliser une porte, il va falloir choisir son bois, savoir s’il va correspondre à ce dont on a besoin, s’il n’a pas de défaut, regarder la matière et savoir quelle partie du bois va être utilisée pour telle partie de la porte… Il va falloir choisir différentes parties de l’arbre. Une fois ce choix effectué, on a une matière brute qu’on va transformer. On va alors dégauchir (c’est-à-dire rendre plat le bois pour avoir une surface d’équerre), raboter…

Ensuite on va tracer en fonction du plan, repérer les différentes pièces de bois et les endroits où on va unir deux pièces de bois. Ce sont des assemblages : on va creuser la matière, en retirer pour que les deux pièces puissent rentrer l’une dans l’autre. Il y a donc toute une partie de traçage qui demande beaucoup de concentration, car si le traçage est raté, on va se rendre compte à la fin du processus que tout est à refaire. On a tendance à se rendre compte de toutes ces erreurs au bout de 3-4 jours, il faut alors recommencer les pièces, ce qui entraîne une grande perte de temps. Une fois que tout est tracé, qu’on a repéré tous les usinages, on part aux machines avec nos pièces de bois qu’on va faire passer à la toupie pour faire des moulures ou faire un profilage dans le bois… Ensuite on va pouvoir modeler et poncer le bois.

Enfin, il y a l’étape de montage qui est le moment où on va se rendre compte de si on a bien travaillé en amont ou pas. La menuiserie n’est pas très compliquée, chaque étape prise individuellement est assez simple. Il s’agit d’une superposition de tâches pas très complexes mais qui doivent être parfaitement exécutées. C’est très binaire : c’est oui ou non. Il y a certains métiers où on peut avoir quelque chose de presque bon. Or dans la menuiserie, la sanction est très rapide. Il n’y a donc pas beaucoup de places pour l’hésitation. Si les pièces ne se montent pas c’est que le travail n’est pas bon et inversement.

Quel a été votre parcours scolaire pour arriver à ce métier de menuisier ?

Mon père et mon grand-père étaient menuisiers et ce n’était pas un métier qui me tentait, je n’y avais d’ailleurs jamais pensé. J’ai d’abord fait un baccalauréat Économique et Social. Je suis ensuite parti en DUT de droit parce que je voulais être avocat et au final je me suis rendu compte que le droit ne me plaisait pas, qu’il fallait apprendre beaucoup de choses, et que cela demandait un effort que je ne voulais pas fournir. Quand j’ai eu mon DUT j’ai voulu partir en licence d’économie mais je ne pouvais pas aller directement en 3ème année, il fallait que je repasse en 1ère année.

J’ai pensé qu’il serait plus pertinent de changer entièrement de parcours et de faire une formation qui me plaisait. Je me suis donc dirigé vers une licence de philosophie et de sociologie à Lille. Au bout de 3 ans, je me suis un peu lassé du monde de la philosophie. J’ai donc fait une recherche sur les Compagnons du Devoir pour un mémoire de recherche de fin d’étude. Je voulais le faire sur l’échec dans les milieux d’excellence. Finalement, je me suis rendu compte que deux mondes se confrontaient : celui des Compagnons et celui de l’Université. Ce mémoire n’a pas abouti car je n’étais pas très bien préparé sur le sujet. Mais cette courte immersion chez les Compagnons du Devoir m’est restée en tête. Je me suis rendu compte que cet établissement était un endroit où des valeurs, un aspect de savoir-être, une conception de la vie sont véhiculés et où l’enseignement a une partie éthique. De l’extérieur j’avais l’impression que ces valeurs étaient appliquées et c’est cet aspect qui m’a amené à rejoindre les Compagnons du Devoir.

Pendant toute ma formation, sur le tour de France aux Compagnons du Devoir, j’étais itinérant, j’embauchais des entreprises et à la fin de mon tour, je suis parti au Brésil pendant 2 ans. Là-bas, j’ai commencé à être salarié et j’ai rapidement créé mon entreprise. Je travaillais donc à mon compte. Je suis revenu en France pour prendre un poste de formateur et j’aimerais revenir là-bas pour reprendre cette entreprise.

Travailler à son compte a été pour moi une expérience très agréable. J’ai pu vraiment apprécier le fait d’avoir les tenants et les aboutissants, de maîtriser tout le processus de la relation client au dessin, à la conception et à la réalisation. On a vraiment cette maîtrise donc si quelque chose s’est mal passé on sait pourquoi. La relation conseil avec le client a été aussi une découverte en tant qu’entrepreneur et ceci m’a permis de me rendre compte de tout ce que j’avais pu apprendre au préalable et de le mettre en lumière.

Quelles sont pour vous les qualités requises pour exercer votre métier de menuisier ?

Selon moi, il faut surtout être attentif à ce qu’on fait. Des erreurs peuvent très vite arriver (par exemple mettre une pièce dans le mauvais sens…). Or si on ne s’en rend compte qu’à la fin, on perd énormément de temps alors que cela aurait pu être évité dès le début en modifiant la pièce. Chaque étape doit être réalisée avec précaution et précision.

Il faut également être capable de bien s’organiser. La notion de temps est très importante dans les métiers manuels. La différence entre un professionnel et un amateur va être le temps. Tout le monde est capable d’arriver à un bon résultat avec le temps, mais un professionnel va pouvoir le faire dans un temps imparti. Je considère qu’il est aussi indispensable d’avoir le souci du détail, et d’être patient.

Enfin, il faut savoir que l’on se retrouve très souvent à travailler seul sur son propre projet. D’autres personnes travaillent dans l’atelier mais on est seul à faire ce travail. Il y a donc parfois de longs moments où l’on n’a pas d’interactions sociales. Nous sommes tout de même en collaboration avec les autres corps de métier (si on installe une cuisine, on est en relation avec le plombier, l’électricien, le plaquiste…). Mais dans tout le processus de production, le métier de menuisier est assez solitaire.

Qu’est-ce qui fait que vous aimez votre métier de menuisier ?

J’aime beaucoup le fait que ce soit un processus assez court, on voit très rapidement le résultat de son travail. Ce qui m’a vraiment plu quand j’étais à mon compte, c’était de voir tout le processus, c’est-à-dire de partir d’un dessin qui vient de soi et d’arriver à un projet qui satisfait le client et de le voir installé. On passe de l’ordinateur à la réalité en quelques semaines.

Le bois est un matériau que j’aime travailler. Il y a un rapport avec la matière qui n’est pas le même qu’avec le fer… Le bois n’est pas salissant, c’est une belle matière, on passe d’une matière brute à une matière travaillée, transformée. C’est intéressant d’être attentif à ce qu’on utilise comme matière, et de prendre conscience qu’on utilise des arbres qui ont mis parfois 120 ans à pousser. Ce n’est pas rien de l’avoir entre les mains et de consacrer du temps à travailler dessus ! Aux Compagnons du Devoir ce rapport à la matière est d’ailleurs très valorisé. Mon grand-père, lui, participait au processus complet : il abattait les arbres, les scier, les faisait sécher… Aujourd’hui, on perd ce rapport à la matière parce qu’on peut directement utiliser la matière transformée, mais il faut le garder à l’esprit.

Si vous aviez quelque chose à changer dans votre métier de menuisier, ce serait quoi ?

Ce rapport au temps car cela change tout. Il y a certains moments où on a le temps de bien faire, et c’est alors un plaisir, on prend le temps de mener à bien son projet et on peut se permettre d’avoir le souci du détail. Mais si on est dans des conditions où on est en retard et que l’on n’a pas le temps de travailler, c’est plus difficile car on travaille sous la pression. D’où l’intérêt d’être très organisé pour ne pas être surchargé.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut faire votre métier de menuisier ?

Quand je suis revenu de la faculté, j’avais beaucoup de préjugés sur le métier de menuisier jusqu’à penser que ça allait être simple. Par la suite, je me suis vite rendu compte de la complexité de ce métier. C’est un grand pas à franchir que de passer de l’école au travail. Il ne faut surtout pas se décourager. Pour rentrer dans mon costume de menuisier j’ai dû faire beaucoup d’efforts. Il faut savoir qu’on doit apprendre, et une fois qu’on en a pris conscience on peut commencer à poser des questions pour développer ses compétences.

Je conseillerais aussi d’être curieux, d’avoir cette volonté d’apprendre, de comprendre, et de bien faire. Les ouvriers qui nous apprennent le métier prennent le temps de nous apprendre ce qu’ils savent, et il est donc nécessaire d’être reconnaissant.

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