La tête dans les nuages avec William, Pilote Professionnel d’Hélicoptère, et instructeur en vol sur la Côte d’Azur !

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William, pilote professionnel d’hélicoptère depuis 2008, a accepté de répondre à nos questions sur son métier :

Pouvez-vous expliquer aux jeunes en quoi consiste votre métier de pilote d’hélicoptère?

Le métier de pilote pro sur hélico dans l’aviation civile comprend deux types de missions principales : le travail aérien ou « TA » et le transport public de passagers autrement dit « TP » dans notre jargon.

– Le travail aérien comprend toutes les missions définies dans l’aéronautique civile pour des missions autres que le transport de passagers, comme par exemple des prises de vues aériennes (prise de photos et de vidéos aériennes), le levage (de charge), HBE (Hélicoptère Bombardier d’Eau) et beaucoup d’autres… J’ai récemment travaillé dans le Golf de Saint-Tropez pour des prises de vue aériennes pour les voiles de Saint Tropez, et plus récemment, j’ai pu aussi réaliser d’autres prises de vue aériennes, lors du Monaco Yacht Show dans la baie de Monaco. Nous volons avec des photographes, portes ouvertes, et survolons les grands yachts. Il existe de nombreuses autres missions que l’on peut effectuer en TA (ou Travail Aérien), comme le levage, c’est-à-dire du transport de charge (très souvent en montagne) pour le ravitaillement de refuges éloignés. Il existe aussi les relevés télégraphiques et topographiques (dorénavant effectués grâce à l’aide d’une technologie laser) vols que j’ai effectués en Corse avec une technologie embarquée appelée « Lidar » qui a permis d’obtenir des relevés extrêmement précis au niveau des lignes électriques EDF. Ceci a permis dans un premier temps de faire l’état des lieux du réseau puis dans un second temps, de l’élagage pour la sécurité anti-incendie. Cela ne peut se faire qu’en hélicoptère, le drone n’étant pas assez performant pour ce genre de mission.

– Il y a également des missions de transport de passagers pour lesquelles nous devons vérifier que l’hélicoptère est conforme pour effectuer un vol avec certaines limitations (quantité minimale d’emport carburant, vérification des équipements de sécurité, plans de vol, etc). Que ce soit sur moins de 20 minutes ou sur plus de 2 heures de vol, nous devons transporter nos passagers d’un point A à un point B, en toute sécurité et dans les meilleures conditions de confort. Personnellement, j’ai eu la possibilité d’effectuer des missions de transport médicalisé d’urgence, missions SAMU (appelés EMS pour Emergency Medical Service), et dans un cadre peu particulier et même unique, puisque c’était en Polynésie française.

Et si vous deviez décrire une journée type?

L’un des avantages de ce métier, c’est qu’il n’y a pas de journée type. J’arrive le matin au hangar en m’attendant à des vols locaux, et en fait je pars sur un vol technique (avec au moins un mécanicien ou technicien à bord) pour faire du relevé de puissance moteur et le bon fonctionnement de la machine, entre plusieurs  points de navigation, en accord avec les organismes de la circulation aérienne pour ne pas gêner le trafic aérien, parfois à proximité des montagnes afin de vérifier les performances moteur sur une machine qui sort d’une visite ou de contrôle technique. Une fois toutes ces vérifications terminées, des passagers peuvent monter à bord pour aller passer la journée à la plage.
Le lendemain un groupe d’amis vient fêter un anniversaire, ils arrivent tous de Londres et ont privatisé un hélicoptère (ils l’ont réservé pour la journée), et nous les emmenons sur un grand domaine, où les attendent golf, restaurant gastronomique, piscine, etc. Ils reprendront l’avion le soir même à l’aéroport de Nice Côte d’Azur, où les hélicoptères effectuent de nombreux mouvements tous les jours.

Quel est le parcours pour devenir pilote d’hélicoptère ?

J’ai fait une école d’ingénieur, mon souhait initial était de devenir pilote de combat au sein de l’Armée de l’Air Française.
Par la suite j’ai été instructeur de plongée sous-marine et dans un second temps, technicien et administrateur de réseaux informatiques. A 26 ans, j’ai découvert le métier de pilote d’hélicoptère. J’ai alors décidé de revenir dans le secteur de l’aéronautique par passion.

Une des filières pour devenir pilote d’hélicoptère est la filière militaire. On signe un contrat au sein de l’Armée de Terre, de l’Aéronaval ou de l’Armée de l’Air, ensuite il y a une sélection qui mène à l’École d’Application de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (EAALAT) située à Dax. C’est un centre interarmées pour la formation de pilote d’hélicoptère. Les bases de la formation et le tronc commun s’effectuent là-bas, le reste de la formation est spécialisée et en fonction du corps d’armée (Armée de Terre, Armée de l’Air, Marine Nationale), sera effectuée par la suite en fonction du type de machine utilisée et des missions demandées par les armées. Ce sont des contrats de dix ans renouvelables et désormais, tous les pilotes sont des officiers. Pour chaque armée, les types de missions peuvent varier.

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Ce sont des contrats de dix ans renouvelables et désormais, tous les pilotes sont des officiers. Pour chaque armée, les types de missions peuvent varier.

– Pour l’Armée de l’Air, il y a par exemple des missions de surveillance, de dissuasion, de protection, d’intervention sur site, d’escorte…

– Concernant l’Aéronaval, il y a des missions « Pedro », c’est l’accompagnent d’un décollage sur un porte-avion ou un appontage, pour pouvoir être très rapidement sur le site et récupérer le pilote si jamais le décollage ou l’appontage s’est mal opéré. Mais aussi des missions anti-sous-marines effectuées par des hélicoptères de type Lynx par exemple.

– Dans l’Armée de Terre, il peut y avoir des interventions de nuit, des déposes de commandos sur des zones hostiles, des appontages de nuit, des transports de matériel, des missions d’interception, assistance médicale, et toutes les missions des opérations spéciales…

Les missions dans les Armées Françaises sont donc très variées et sont différentes en fonction du corps d’armée. La formation théorique de pilote d’hélicoptère est sanctionnée par un examen validé par l’aviation civile (les pilotes militaires doivent aussi le préparer).

Dans l’aviation civile, il existe trois niveaux de certification pour les pilotes qui déterminent leurs responsabilités. Du pilote privé au pilote de ligne :

– Le PPL/A ou PPL/H (Private Pilot Licence : Pilot Privé), A (Airplane : Avion) et H (Helicopter : Hélicoptère)

– Le CPL/A ou CPL/H (Commercial Pilot licence : Pilote Professionnel)

– Le ATPL (Airline Transport Pilot Licence : Pilotes de Ligne)

– Le IR (Instrument Rating, Qualification de vol aux Instruments)

Ce sont trois niveaux de connaissances qui accèdent à différents privilèges. Les pilotes ne peuvent être rémunérés pour leur travail qu’à partir du CPL, c’est le passage au niveau professionnel. Le niveau ATPL est requis pour un certain type de machine et de qualifications.

Selon vous, quelles qualités faut-il pour exercer le métier de pilote d’hélicoptère ?

« Je pense qu’il faut du discernement, du bon sens et du sang froid. »

J’ai beaucoup appris, avec ce métier, sur le plan technique bien sûr, mais sur le travail d’équipe, et les relations humaines. La noblesse du ciel, nous apprend à rester humble. Aussi, il faut avoir le sens du service.

Pourquoi aimez-vous votre métier de pilote ?

Sur hélicoptère, nous sommes plus proches du sol que les avions. Nous pouvons davantage apprécier et contempler les environnements et c’est une chance incroyable !

– Sauf pour les vols réguliers, notre environnement et aussi les missions changent souvent. Sur la Côte d’Azur nous avons un environnement très privilégié, il y a la French Riviera, la Suisse, l’Italie, la Corse et la Sardaigne à quelques heures de vol…

Si vous aviez une chose à changer, ce serait quoi ?

C’est un point de vue personnel, mais pour ma part, j’ai enchaîné plusieurs contrats : Image Passion, Rallyes Auto, Tahiti Helicopters, Corseus Hélicoptères, Eurocontrol, Airbus Helicopters, Heli Air Monaco, EDF, Corse Hélicoptère. Et donc des contraintes géographiques que j’ai bien évidemment acceptées. J’ai travaillé, développé mes connaissances, et j’ai eu la chance de pouvoir voyager, apprendre, et prendre de la hauteur et aussi du recul sur ma situation, car j’étais du genre fonceur…

Une anecdote à nous raconter ?

J’ai obtenu ma licence de pilote pro en juillet 2008, et au fil des années, autant vous dire qu’elles sont nombreuses… Il y en aura eu des vols très agréables et faciles, mais aussi des plus complexes… On m’a par exemple confié une mission qui a été l’une des plus difficiles à vivre, j’en garde un souvenir indélébile, j’ai eu envie de vous la raconter :

Si je vous dis : Polynésie, Bora-Bora, vols en hélicoptère, vous pensez aux nombreuses îles aux couleurs turquoises, et aux couchées de soleil, bref, le paradis quoi… Et bien la nuit, ça peut aussi être l’enfer !
Qualifié sur hélicoptère multi moteur à turbine, et une modeste mais solide expérience en vol de nuit, j’étais de permanence sur Bora-Bora pour Tahiti Hélicoptère pour effectuer les evasan (évacuation sanitaire d’urgence), et une nuit dans des conditions météorologiques incertaines, on m’a embarqué rapidement une femme enceinte, un accompagnateur et un assistant médical. A peine tout le monde embarqué et attaché, je décolle en direction d’une île voisine à environ 20 minutes de vol, où toute l’assistance médicale nécessaire pourra leur être apportée, à la patiente et à son futur bébé. Elle n’a pas accouché en vol où les vents turbulents, la faible visibilité, et surtout des conditions orageuses assez éloignés étaient présentes… J’étais concentré sur mon pilotage et mes choix de trajectoires, et un suivi judicieux de mon altitude de sécurité était de rigueur… De plus, et aux vues des contractions, et fort heureusement pour la femme enceinte et son futur bébé, il valait mieux que l’accouchement ait lieu dans un hôpital, plutôt que dans un dispensaire uniquement destiné aux petits soins bénins…
Une fois posé en sécurité, l’accouchement a pu avoir lieu sous contrôle médical.
J’ai choisi cette anecdote, car elle illustre parfaitement bien, je trouve, ce pourquoi l’hélicoptère a été conçu…
Pas seulement pour effectuer des missions faciles, mais aussi de pouvoir réaliser les plus complexes, notamment les missions de service public.

Aujourd’hui, j’éprouve une grande satisfaction, et un sentiment de devoir accompli, lorsqu’il s’agit de transporter des passagers toujours de plus en plus nombreux, en toute sécurité, et dans les meilleures conditions de confort possible (hélicoptère récent, assistance mécanique, équipement de sécurité doublé, climatisation, etc…).

Quels conseils donneriez-vous à un(e) jeune qui veut devenir pilote d’hélicoptère ?

Peut-être que cela vous prendra encore une heure, un mois, mais si vous avez au fond de vous-même un projet qui vous tient à cœur, avoir de nouvelles fonctions, de nouvelles responsabilités, trouver le job de vos rêves, ne dîtes plus jamais lorsqu’il s’agit d’un projet capital pour vous, ne dîtes plus que c’est impossible !

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Faites en sorte de travailler ce qu’on appelle la vocation, votre propre vocation, ce pourquoi vous êtes ici ! Ne prenez pas un travail qui vous contentera, et pour lequel vous aurez la boule au ventre la veille, et qui ne vous conviendra pas ou même moyennement. À plus ou moins long terme… Assez rapidement, vous ne l’aimerez plus, et par conséquent vous ne vous sentirez plus engagé !

Car ensuite il y aura les excuses, les maladies, le temps, l’argent… La vocation, c’est qui, vous voulez être dans un an, dans cinq ans, et de mettre en place des stratégies, de mettre en place des choses pour atteindre le ou les objectifs que vous vous êtes fixés.

Même si aujourd’hui, vous ne faites pas le boulot de vos rêves, mettez-y un sens pour atteindre les objectifs que vous voulez atteindre dans votre vie. Mettez de l’argent de côté, préparer votre mental, votre corps, pour rendre possible demain, ce qui ne l’est pas encore aujourd’hui…

Pour être plus concret, dans l’aéronautique civil, et pour devenir un pilote professionnel sur hélicoptère, il faut avoir un certificat médical de classe 1 que l’on peut obtenir dans l’un des principaux centres d’expertises médical, et avoir réussi tous les examens théoriques et pratiques. Certes un bac général de préférence scientifique serait un plus, certaines écoles recommandent d’avoir au moins une année d’étude post bac dans un domaine scientifique ou technique.

Enfin, sachez que c’est un privilège de savoir voler, et une responsabilité.
C’est notre vocation ! Avec du travail, de l’assiduité, et surtout une indéfectible volonté de réussir, ce sera peut-être la vôtre …

L’ambition est le carburant qui alimentera le moteur de votre propre dépassement et qui vous poussera à sortir de votre zone de confort malgré les nombreux obstacles que vous allez rencontrer sur votre parcours… Ayez un but à atteindre, sinon vous risquez de vous satisfaire du minimum et vous ne produirez pas les efforts nécessaires ! Pour ma part, c’est reparti et je me prépare dès à présent pour de nouveaux grands objectifs techniques et sportifs, en tant qu’entrepreneur ! Bon vol à tous à la conquête de vos rêves !

 

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