Chercheuse à l’INSERM, Valérie Urbach travaille depuis 10 ans sur la mucoviscidose

Chercheuse à l’INSERM, Valérie Urbach vous fait découvrir son parcours et ses principales missions au quotidien.

En quoi consiste le métier de chercheuse ?

Je fais de la recherche en sciences biomédicales. Il s’agit soit de découvrir de nouveaux mécanismes fondamentaux de biologie et on n’en est qu’au tout début. Nous avons une connaissance du vivant qui, malgré tous les efforts de recherche, reste réduite, il y a encore un immense champ de connaissances à découvrir.

Soit il s’agit de comprendre les maladies, ce qu’on appelle la physiopathologie, pour pouvoir envisager de nouveaux traitements. Les recherches s’appuient alors sur la caractérisation d’une maladie donnée au niveau cellulaire, moléculaire. Notre objectif  est de comprendre le niveau de l’altération – à quel endroit se situe le problème – pour identifier de nouvelles cibles thérapeutiques. Nous essayons identifier le ou les processus biologiques  qui présentent des anomalies  et cherchons à les corriger avec de nouvelles molécules que les chimistes par exemple vont élaborer.

L’efficacité de ces nouvelles molécules sera testée au niveau d’une cellule ou d’un organe particulier et éventuellement sur un organisme entier, un animal de laboratoire. Là, on est dans une phase de recherche préclinique. La phase suivante est l’essai clinique sur des patients, pour vérifier la non-toxicité et l’efficacité des molécules. Pour ma part, je travaille dans un laboratoire de recherche et ne suis pas en contact direct avec les patients de l’hôpital. Je ne travaille pas sur les animaux non plus mais sur des échantillons biologiques issus de patients que le médecin avec qui je collabore collecte avec l’accord du patient, naturellement ! Mon travail est axé sur la maladie des voies respiratoires dans la mucoviscidose.

Comment êtes-vous arrivée dans ce domaine et quelle formation avez-vous suivi?

J’ai fait des études de biologie à l’université. Au départ, j’ai étudié la biologie et la physique, c’est ce qui m’a poussé à m’intéresser à l’électrophysiologie, c’est-à-dire la physiologie des transports ioniques, qui sont des petits courants. J’ai fait une maîtrise de physiologie cellulaire, un DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies) et un doctorat que j’ai obtenu en 1994 sur le transport de potassium qui est important dans la physiologie rénale. J’ai eu la chance d’obtenir une bourse du Ministère de la Recherche pour développer cette thèse suite à un concours après le DEA. Ensuite, je suis partie en post-doc en Irlande, c’est un parcours assez classique, souvent indispensable, pour se perfectionner en anglais puisque c’est la langue de communication dans la recherche. J’y suis restée 7 ans, ce qui est plutôt atypique,  la plupart des jeunes chercheurs restent 2 ans à l’étranger puis rentrent en France. A cette occasion, j’ai commencé à développer des collaborations importantes avec des collègues irlandais. De retour en France, j’ai continué à être financée de manière contractuelle, par la Fondation pour la Recherche Médicale notamment. Puis, j’ai été recrutée à l’INSERM, (Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale) en 2004, je suis restée à peu près 10 ans en France, puis j’ai eu l’opportunité de repartir à l’étranger, pour 3 années sabbatiques.  J’ai alors bénéficié d’une mise à disposition par l’INSERM qui payait une partie de mon salaire, l’autre partie étant payée par l’université qui m’accueillait et je suis finalement rentrée sur Paris.

Quelles sont les compétences humaines et techniques requises pour exercer votre métier ?

Il faut bien sûr des compétences en biologie, avoir une bonne connaissance du vivant. Contrairement à ce que l’on peut imaginer, la maîtrise de la langue est importante aussi. Le métier de chercheur implique des communications perpétuelles avec l’équipe que l’on coordonne, avec sa hiérarchie et avec la communauté internationale pour échanger de façon claire sur ce que l’on a observé et sur la façon dont on interprète ces observations. Il y a aussi l’écriture de projets, dont la qualité détermine l’obtention de financements par exemple et la rédaction de publications qui sont vraiment l’aboutissement de nos observations. Comme la communication se fait en anglais, le chercheur Français doit être à l’aise dans les deux langues. Le chercheur doit aussi être déterminé et persévérant car la biologie est complexe. On rencontre inévitablement des obstacles, on fait par exemple des hypothèses qui ne sont pas vérifiées après avoir investi beaucoup de temps et d’énergie à les tester. Il faut alors rebondir, tester une nouvelle hypothèse et… finalement on parviendra à affiner sa compréhension du mécanisme biologique que l’on cherche à caractériser. Il faut aussi de la détermination pour obtenir des financements qui permettent de développer ses recherches. Il faut de la ténacité, mais les moments de satisfaction en « perçant un mystère » sont tels qu’ils allègent la peine. La passion de la découverte, de nature assez similaire à celle d’un enfant… c’est un super moteur !

Pourquoi aimez-vous votre métier de chercheuse ?

C’est un métier qui répond bien à ma curiosité et à mon caractère indépendant. Quelle que soit la situation hiérarchique dans laquelle il se trouve le chercheur a une personnalité scientifique unique qui se construit tout au long de sa carrière par ses recherches expérimentales, ses lectures et ses rencontres. C’est une activité qui permet d’apprendre toute la vie. C’est très excitant de découvrir en quelque sorte une pièce du grand puzzle que constitue la biologie et de savoir que cela sera ensuite enseigné aux générations futures. Et quelques fois, au cours de sa carrière on découvre une ou deux pièces de plus qui s’emboîtent l’une dans l’autre, c’est fascinant !

Etes-vous amenée à vous déplacer en France et à l’étranger ?

Je me déplace souvent pour des conférences, le plus intéressant est d’y participer avec des résultats à présenter pour les discuter avec d’autres chercheurs, c’est ce qui aide à interpréter nos observations même au commencement d’un projet. Au fil de notre carrière, on est invité à l’étranger parce que l’on a des histoires plus complètes à proposer.

Combien gagne-ton en début de carrière ? Le salaire est-il exponentiel ?

Selon les grilles actuelles de l’INSERM, un doctorant gagne 1780 euros brut par mois, ensuite un jeune post-doc (entre 0 et 2 ans après sa thèse), gagne 2620 euros. Puis selon son grade un chercheur pourra gagner jusqu’à 5000 euros brut en fin de carrière.

Comment envisagez-vous l’avenir et l’évolution de la profession aujourd’hui ?

Aujourd’hui, je dis aux étudiants que j’accueille dans mon laboratoire, qu’il ne suffit pas d’avoir bien travaillé à l’université et d’avoir un bon dossier pour devenir chercheur. De nombreux doctorants n’auront pas accès à des structures de recherche comme l’INSERM ou le CNRS (Centre National de la Recherche scientifique) ou à un poste d’enseignant-chercheur à l’université parce qu’il y a une stratégie de diminution du nombre de postes et de transformer la recherche publique en une recherche sous forme de CDD comme cela se fait à l’étranger. Je crains de faire malheureusement partie de la dernière génération de chercheurs à avoir cette chance d’être fonctionnaire.

Quelles opportunités l’INSERM peut-elle offrir aux jeunes ?

Les concours permettent d’être recruté à l’INSERM comme chercheur, ingénieur, technicien ou personnel administratif. L’INSERM rassemble une grande variété de personnels. Malheureusement ces concours sont de plus en plus sélectifs.  Après des études en sciences, on peut aussi être chargé d’un projet de recherche dans le secteur privé.

Comment va évoluer le métier de chercheur avec l’IA ?

Il y a un développement des technologies qui est incontestable et qui fait que le travail du chercheur est en train d’évoluer. Au sein des instituts, on a beaucoup plus de plateformes technologiques que dans le passé. Il y a des postes d’ingénieur à pourvoir dans ce secteur et le chercheur fait appel à ces personnes hautement qualifiées qui contribuent à ses projets. Ces avancées technologiques – je pense à des techniques sophistiquées d’imagerie, au séquençage et à la correction de gènes…- constituent des outils puissants qui ont le potentiel d’accélérer l’avancée des connaissances et ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques mais ne pourront pas remplacer le chercheur dans l’analyse et l’interprétation des données, ou dans ses réflexions et son positionnement éthique lorsque la question se pose.

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