Son quotidien est un feu d’artifice, interview de Thibaut

Thibaut est artificier et concepteur pyrotechnique chez Jacques Prévot Artifices. Il a répondu à nos questions sur son métier.

 

Pouvez-vous expliquer aux jeunes en quoi consiste votre métier ?

Le métier d’artificier consiste en la réalisation d’un feu d’artifice depuis la partie design, choix des couleurs, des séquences, des tableaux jusqu’au tir et au démontage sur le terrain. Le métier consiste donc en l’étude de faisabilité technique du tir du feu d’artifice, son dessein artistique puis sa réalisation le jour J sur le site de tir.

Je travaille pour l’entreprise Jacques Prévot Artifices basé en Haute-Marne (52) qui rayonne sur la France entière. Mon métier dans l’entreprise est de concevoir des spectacles et de former des artificiers. Notre clientèle est composée d’une part, des collectivités (mairies, etc.), des particuliers pour des événements divers (mariages, anniversaires, fêtes) et enfin les pros du secteur qui ont besoin de se procurer des artifices de divertissement pour concevoir leurs spectacles auprès de leur client, nous avons donc une activité de grossiste.

En amont du feu d’artifice, il va y avoir dans notre entreprise la conception d’un cahier des charges pour élaborer des produits auprès d’un fabricant, puisque nous sommes importateurs. Les fabricants seront, pour les plus importants, espagnols, italiens ou chinois. Ils vont nous proposer des échantillons et si le produit correspond à nos attentes, nous le faisons homologuer puis nous pouvons l’inclure dans nos spectacles.

 

Si vous deviez décrire une journée type ?

feu d'artifice

Pour un artificier de terrain, il va falloir, la veille du spectacle, préparer tout le matériel nécessaire au tir : préparer le spectacle pour un tir électrique et donc greffer les accessoires de tir électriques, placer tout dans des emballages, bien numéroter ses produits en fonction du plan et du dessin qui a été fait pour être sûr que les pièces soient dans le bon ordre et donc partent au bon moment, au bon endroit.

Enfin, préparer tout le matériel de tir nécessaire comme les caisses de mortier, les systèmes de tir, les sacs de protection pluie, l’adhésif, le consommable et l’outillage. Nous préparons tout ça et le mettons dans une camionnette.

Ensuite, nous nous rendons sur le site de tir pour établir le périmètre de sécurité et installer toutes les pièces. Une fois que tous les tests sont faits et que l’heure du tir arrive, il faut procéder à la mise à feu, l’artificier tire donc le spectacle. Ensuite, il reste pour vérifier et sécuriser le site après la mise à feu. Il s’assure que tout est bien parti et neutralise les pièces qui seraient défectueuses.

Enfin, il démonte l’équipement et nettoie le site afin de rendre la place propre. Après le retour au dépôt avec la camionnette la journée est enfin terminée! Au niveau horaire, l’artificier peut commencer à 7h et terminer à 3h du matin dans les cas les plus extrêmes. Pour ce qui est des opérations autres, cela va plutôt être des horaires de bureaux, donc de 8h à 18h.

 

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Quel a été votre parcours pour arriver à ce métier ?

« Pour arriver au métier d’artificier, assez fréquemment, c’est une histoire de famille. C’est mon cas et celui de beaucoup d’artificiers. Le père était artificier et l’enfant a repris. Il y a donc beaucoup de liens héréditaires dans ce secteur. »

Pour d’autres missions, il va être nécessaire de faire d’autres formations notamment d’animateur qualité pour le suivi des produits, de formations artistiques pour les concepteurs de spectacle et enfin de la comptabilité, relation client et vente de spectacle. Moi en particulier, j’ai fait une licence administration économique et sociale (AES) à l’université puis un début de parcours en master de droit public qui s’est interrompu pour laisser place au tir de feu d’artifice et rejoindre l’activité familiale.

 

Quelles qualités faut-il pour exercer votre métier ?

Il faut une certaine condition physique, car la journée peut commencer à 7h et finir à 3h du matin en ayant un autre tir quelques jours après. Une grande rigueur au niveau de la manipulation des pièces puisque nous travaillons avec des explosifs. Un grand sang-froid afin de réagir extrêmement vite en cas de problème et enfin savoir diriger une équipe puisque l’artificier se retrouve souvent avec 3 ou 4 personnes sous ses ordres pour mener à bien le spectacle. La particularité du feu d’artifice étant que l’on doit tirer le soir même sans possibilité de reporter.

 

Qu’est-ce qui fait que vous aimez votre métier ?

artificier

Nous remettons systématiquement tout à zéro à chaque spectacle. Que nous ayons réussi ou pas le spectacle précédent, il va falloir tout reprendre du début : redessiner, réinstaller et re-préparer le matériel, c’est un continuel recommencement. Les spectacles sont extrêmement variés notamment quand nous y ajoutons de la musique et de nouveaux produits. Le même spectacle tiré à deux endroits distincts pourra vraiment être très différent d’un tir sur l’autre.

 

Si vous aviez quelque chose à changer dans le métier qu’est-ce que ce serait ?

Ce serait au niveau réglementaire, peut être réfléchir au niveau de la législation à la création d’une véritable licence de droit de pratiquer l’artifice, car il y l’apparition d’acteurs peu scrupuleux sur les règles de sécurité et il n’ y a pas vraiment de méthodes de vérification de l’ensemble de l’activité d’artificier.

Tirer un feu d’artifice c’est une chose, mais l’avoir stocké, transporté et homologué de façon réglementaire, c’est autre chose. Ce sont des sujets qui sont au cœur du métier et qui ne sont pas toujours vérifiables. Un système de licence ou quelque chose dans cet esprit permettrait une certaine reconnaissance.

 

Auriez-vous une anecdote à raconter ?

« Il arrive que nous tirions des spectacles pour des particuliers, souvent fortunés. Nous pouvons tirer des spectacles bien plus imposants et importants pour ces gens-là que pour certaines villes lors du 14 juillet. »

Pour seulement 4 ou 5 personnes, il est parfois arrivé d’être plus d’artificiers que de spectateurs.

 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui voudrait faire votre métier ?

Je pense qu’il faut commencer par se demander si on est prêt à faire un certain nombre de sacrifices niveau planning. Les feux d’artifice se font principalement l’été et quasiment toujours lors de fêtes et de week-end. En tant qu’artificier, nous n’avons donc pas forcément le temps de nous dégager du temps libre pour ces fêtes. Il faut donc ne pas avoir peur de participer aux tirs sur des plages horaires qui ne sont pas évidentes.

Il faut aussi se lancer dans une formation d’artificier, F4T2 qui est dispensée par des organismes de formation comme le notre par exemple Jacques Prévot Artifices. Ce sont des formations reconnues par l’Etat qui permettent de manipuler les pièces d’artifices les plus intéressantes, celles qui vont le plus haut qui explosent le plus fort et que l’on appelle des «Bombes d’artifice».

Il y a deux niveaux de formation, le niveau 1, qui dure 2 jours et le niveau 2 qui lui, dure trois jours. Les deux formations (niveau 01 et 02) sont réalisables à la suite donc en cinq jours. C’est l’occasion de découvrir le métier et de discuter avec des artificiers qui ont beaucoup d’expériences à partager, toujours avec le sourire !

 

Découvre le profil de Thibaut et échange avec lui !

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