Interview responsable du recrutement : Matthieu travaille au centre de formation du FC Nantes, il vous parle de son métier

Matthieu, responsable du recrutement au FC Nantes vous parle de sa formation, de son parcours singulier et de son métier au quotidien. Découvrez ci-dessous notre interview sur le métier de responsable du recrutement :

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1/ Pouvez-vous expliquer aux jeunes en quoi consiste le métier de responsable du recrutement au FC Nantes ? Et les principales tâches que vous effectuez au cours d’une semaine type ?

Je suis Responsable recrutement du centre de formation du FC Nantes depuis sept saisons.

Je travaille avec huit recruteurs sur toute la France qui me font des retours au quotidien. En parallèle, je m’occupe des parents, les agents des joueurs, nous avons cinquante jeunes au centre de formation, ce qui sous-entend cinquante familles à gérer et comme c’est moi qui les connaît le mieux, parce que je suis à la base de leur recrutement, les parents font souvent appel à moi. Je me déplace beaucoup pour prendre des décisions suite aux rapports de nos recruteurs. J’accueille également les jeunes qui viennent en stage et j’assiste aux séances. Aujourd’hui, quand nous décidons de faire signer un jeune, nous sommes rarement seuls car la concurrence est très féroce. Nous sommes à ce jour 38 centres de formation en France. Il peut se passer un an voire un an et demi entre le moment où le jeune a décidé de venir chez nous et le moment où il signe. Visites de clubs, négociation de contrat, finalisation des dossiers sont des tâches qui font partie de mon quotidien.

2/ Quel a été votre parcours pour exercer le métier de responsable du recrutement ?

Le FC Nantes m’a repéré quand j’avais 16 ans et j’ai signé un contrat avec eux à 17 ans pour intégrer le centre de formation La Jonelière. A l’époque, je rêvais de devenir footballeur professionnel. L’année suivante, le responsable recrutement me convoque pour m’annoncer que le club s’est trompé sur moi et que je ne continuerais pas au sein de la maison jaune et verte.
Mes parents m’ont rapidement fait comprendre que l’école était plus importante que tout. J’ai fait quatre ans de STAPS à Brest puis j’ai passé mon CAPES et je suis devenu enseignant d’EPS. Muté à Pierrefitte-sur-seine, en banlieue parisienne, dans le 93, j’étais enseignant la semaine et je passais mes week-ends sur les terrains de football à essayer de trouver les perles rares pour le FC Nantes, et de fil en aiguille, au bout de 5 ans, j’ai pris la place du responsable du recrutement. Je suis à ce jour en disponibilité de l’Education Nationale depuis 8 ans.

3/ Faut-il une qualité ou un talent particulier pour exercer le métier de responsable du recrutement ?

Il faut forcément avoir la fibre « football » et savoir trancher puis assumer. Il faut être hyper disponible, ne pas compter ses heures et savoir communiquer avec tout type de personne. Mon travail est très prenant mais je souhaite à tout passionné de football de pouvoir un jour exercer ce métier, certes dévorant, mais au combien excitant.

4/ Quels sont  les critères de sélection des jeunes ?

C’est tellement vaste et complexe ! c’est pour cela que j’ai écrit « Je veux devenir footballeur professionnel ! » avec Laurent Mommeja, fondateur du site Espoirsdufootball.com. Je donne d’ailleurs quelques clefs dans mon livre pour devenir recruteur. Quand on aime le football et qu’on se rend compte qu’on ne passera pas le cap en tant que joueur de foot, on peut avoir envie de travailler dans ce milieu-là. Vous pouvez être kiné, agent de joueur, recruteur ou journaliste sportif par exemple. Si vous êtes vraiment passionné, il existe pas mal de portes d’entrée dont les jeunes n’ont pas toujours connaissance.

5/ Qu’est-ce qui fait que vous aimez votre métier ?

J’ai le sentiment de pouvoir changer la vie des enfants et par conséquent celle de leurs familles. J’avais lu une enquête qui disait que peu de gens exercent finalement un métier « passion ». Pour ma part, je n’ai pas l’impression d’aller au travail le matin et pourtant je travaille très souvent 70h par semaine. Je souhaite à tout le monde de prendre autant de plaisir que moi dans mon job. Faire signer des garçons entre 13 et 16 ans, les voir rentrer dans des stades de 30 000 personnes, ce sont des sensations exceptionnelles. J’ai écrit « Je veux devenir footballeur professionnel ! » pour faire comprendre aux jeunes et leurs parents qu’il faut être conscient et lucide, dans notre milieu, car le taux d’échec est de 80%.
Chaque année, nous faisons rentrer 18 garçons de 15 ans, et notre objectif est d’en amener entre 2 et 5 au final au sein du groupe professionnel. Si nous réussissons à en amener deux, cela signifiera que nous aurons travaillé correctement et si nous en amenons cinq alors on peut dire que l’on a très bien travaillé. Les gens ne se rendent pas compte, un enfant qui intègre un centre de formation et qui reste de trois à cinq ans ne perd pas son temps même en cas d’échec ! Si ça ne passe pas dans le football, dans un entretien d’embauche, ça peut faire la différence. Le jeune peut se retrouver face à un employeur qui a une fibre sportive et qui est sensible aux valeurs ou à l’exigence du sport de haut niveau. Les jeunes s’entraînent chaque jour, voire deux fois par jour, ils n’ont pas de jeunesse, ils ont une demie journée de libre, ils sont sans cesse soumis à des horaires, la pression est terrible et puis ils sont évalués du matin au soir. Ce n’est jamais évident d’annoncer aux jeunes et aux parents que c’est terminé, car c’est un métier qui fait rêver.

Continuer à rêver parce que c’est ce qui nous fait avancer, mais avec les yeux ouverts : voilà ce qu’il faut rabâcher aux jeunes !

Dans le livre « Je veux devenir footballeur professionnel ! » j’explique aux parents qu’il est important que leur enfant ait un double projet, ce n’est pas parce qu’il est très bon au football qu’il doit oublier le reste. Si je peux vous parler aujourd’hui de mon métier, c’est grâce à l’école. Mon parcours a fait que si je n’avais pas été enseignant, je n’aurai jamais été vivre en banlieue parisienne, car je suis originaire du Finistère, un milieu différent, et je ne serai jamais devenu responsable du recrutement au FC Nantes.

6/ Une anecdote à nous raconter ?

Il ne se passe pas un mois sans que des jeunes de 20 à 25 ans se présentent au centre de formation du FC Nantes et me demandent de les prendre à l’essai. Je suis toujours surpris de voir qu’ils continuent de rêver et de penser que la porte peut encore être ouverte. Avant, ça me faisait rire, aujourd’hui, je trouve ça triste … Le football aveugle les gens et parfois les rend fous.

7/ Un conseil que vous aimeriez donner à un jeune qui veut exercer le métier de responsable du recrutement ? 

Pour vous répondre, je me base sur la phrase de Jean-Claude Suaudeau, ancien entraîneur au FC Nantes : « Un bon joueur c’est déjà un joueur qui court ». Le joueur qui progresse est celui qui est généreux dans l’effort, positif avec ses partenaires mais aussi en-dehors du terrain. La meilleure façon d’attirer le regard sur soi, c’est d’être plus courageux que les autres. Sur le terrain, ce qu’on remarque, c’est la personne sur qui on peut compter, avec qui on peut aller à la guerre ! alors courez, courez, courez et soyez généreux !