Charlène, ingénieure du végétal, rend la science ludique aux yeux du public

Charlène fait partie de la communauté #LesIntrépides, ces femmes qui évoluent dans des secteurs qui manquent des talents féminins !

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En premier lieu, pouvez-vous nous parler de votre entreprise et de votre métier ?

Nous avons un statut d’association. Un CCSTI, c’est un Centre de Culture Scientifique Technique et Industriel. Il y en a environ 40 en France dont la grande mission est de rendre les sciences accessibles à tous. Le plus connu, c’est la Cité des Sciences à Paris. L’idée générale, c’est de faire se rencontrer le monde scientifique et le public. Dans ce but, on dispose de plusieurs de champs d’activité au sein de Terre des Sciences :

    • Le premier champ d’activité est celui de la Saison Culturelle. Son objectif est de faire se rencontrer physiquement les chercheurs et le grand public. Par exemple, on coordonne, à partir de cette année au niveau régional, la Fête de la Science, on organise des villages des sciences, des cinés- débats ou des conférences, où les chercheurs vont présenter leurs travaux de recherche et échanger en direct avec le public… Un autre exemple ? On travaille à mettre en scène, dans les grands sites touristiques, des innovations végétales qui naissent dans les labos et entreprises de la région Pays de la Loire pour les faire découvrir aux angevins et touristes.
    • Un deuxième champ d’activité, c’est le Centre de Ressources : on crée et on met à disposition des enseignants, de leurs classes et du grand public des ressources pédagogiques telles que des expositions, des mallettes pédagogiques (par exemple : une exposition sur l’astronomie, sur le jardin durable, sur le climat…). On a aussi des médiateurs/trices scientifiques qui interviennent dans les écoles sur différentes thématiques (construire un robot pour participer au trophée de la robotique, mettre en place un jardin dans une école, travailler sur l’énergie dans la maison etc.) et qui peuvent aussi former des animateurs à la réalisation d’ateliers scientifiques.
    • Un autre champ d’activité est celui du Multimédia, avec des animateurs qui, dans des espaces dédiés, sont chargés de rendre accessible le numérique au plus grand nombre, proposent des formations, et qui travaillent aussi en partenariat avec le centre de ressources pour développer des animations pour les scolaires, sur le codage informatique par exemple…
    • Un autre champ d’activité encore est celui de l’Ecole de l’ADN, qui propose des ateliers et animations autour de l’ADN et de la génétique, dès la 3ème, pour les scolaires, mais aussi aux professionnels, sur des techniques spécifiques, ou à des associations, par exemple des associations de malades pour les aider à comprendre l’origine de leur maladie…
    • Pour ma part, je travaille en particulier sur le dernier champ qui est la Découverte Professionnelle. Le but est de faire découvrir les métiers et les formations scientifiques aux jeunes collégiens, lycéens, voire même aux étudiants. Je travaille en particulier sur le secteur professionnel végétal mais j’élargis aussi mes activités à toutes les formations et secteurs scientifiques. Concrètement, quand un enseignant me contacte, mon rôle c’est de lui construire un parcours de découverte, alliant des outils du centre de ressources à des animations spécifiques de découverte des métiers et formations, du végétal ou autres. Par exemple, on organise des parcours de visite où les classes vont pouvoir découvrir un laboratoire, une entreprise et un établissement de formation. On a aussi créé un petit escape game pour faire découvrir aux jeunes pourquoi le végétal est aussi important dans notre région, qu’est-ce que c’est le végétal spécialisé, quelles sont les différentes filières et métiers, etc…

 

Du coup, vous travaillez beaucoup en équipe ?

Je suis autonome sur ma mission de faire découvrir les formations et les métiers aux jeunes. Le travail d’équipe est cependant très présent parce qu’il y a souvent plusieurs thématiques abordées dans un même projet pédagogique (métiers, femmes et sciences…). Par exemple, il y a des ressources au Centre de Ressources qui peuvent compléter mon intervention, donc on travaille souvent de concert. Et puis, surtout, je travaille beaucoup en réseau avec les entreprises et les partenaires professionnels d’un côté et avec les enseignants de l’autre.

 

Quelle est la proportion de femmes qui travaillent au sein de votre association ?

Là où je travaille, on est plus de femmes que d’hommes. Après ça va dépendre vraiment des projets et des interlocuteurs. Au niveau des structures professionnelles, au niveau végétal, il y a les deux. Peut-être qu’il y a plus d’hommes aux postes à responsabilités, dans les postes de gestion d’entreprise par exemple, mais plus de femmes sur l’animation des filières professionnelles, mais globalement je suis amenée à côtoyer à peu près autant d’hommes que de femmes.

 

A quoi ressemble une journée type pour vous ? Est-ce que vous pouvez nous parler d’un projet sur lequel vous travaillez actuellement ?

Récemment, on a créé un site internet pour présenter toute l’offre de formation sur le végétal spécialisé en Pays de la Loire, en partenariat avec le RFI (programme Recherche Formation Innovation, impulsé par les régions pour 5 ans) qui s’appelle Objectif Végétal. Il y avait un projet de créer une cartographie des formations et j’ai travaillé avec eux sur toute l’élaboration des contenus pour le site internet.
Après, au quotidien, c’est être au bureau pour recevoir les demandes (mails/téléphone) et interagir avec les interlocuteurs, créer des nouvelles ressources…

« Par exemple je suis en train de finaliser un jeu qui reprend le célèbre « Qui est-ce ? » mais adapté aux métiers du végétal où, au lieu de trouver un prénom comme dans le jeu original, il faut trouver un métier en fonction de différents critères. »

Je suis aussi amenée à intervenir dans des lycées ou dans des collèges pour faire découvrir le contexte végétal régional de façon un peu plus ludique, sous forme de jeux, d’animation ou de présentation plus classique selon le projet de l’enseignant. J’accompagne aussi des visites d’entreprises pour favoriser la communication entre le monde professionnel et le monde scolaire. C’est très varié, ça dépend des journées et des projets en cours.

 

Pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours pour arriver là ?

J’ai fait un bac S. Au départ, en 3ème, je ne savais pas trop quelle orientation prendre parce que j’étais intéressée à la fois par tout ce qui était littérature et par les sciences, notamment la biologie.

« J’ai rencontré un journaliste scientifique lors d’un forum de l’emploi qui écrivait à Sciences et Vie Junior et je me suis dit : super c’est un métier où on peut faire à la fois de la rédaction et des sciences. »

Il m’a dit « si c’est ça qui t’intéresse, il faut d’abord que tu fasses un cursus scientifique niveau bac +5 minimum et que tu fasses ensuite une année en communication pour te former aux techniques de communication ». Alors, je me suis lancée dans les études scientifiques. J’avais repéré cette école d’ingénieur, INHP à l’époque, devenue AgroCampus Ouest maintenant, qui forme notamment des ingénieurs sur le végétal, parce que la biologie animale m’intéressait moins. J’ai passé le concours en même temps que j’ai passé le bac et j’ai intégré l’école pour 5 ans.

Après les 5 années d’études dans cette école, j’avais envie de me lancer dans la vie active, donc j’ai laissé tomber l’idée de faire une année de communication. Il y avait beaucoup de choses qui m’avaient intéressée entre temps pendant mon cursus : la production, l’expérimentation… J’ai donc exercé plusieurs postes en production et en expérimentation puis j’ai été recrutée par un CFPPA, un centre de formation pour adultes, pour créer et coordonner des formations courtes pour adultes.

Dans ce cadre-là j’ai été formée en interne sur comment créer une animation, créer un scénario pédagogique, les outils utiles pour rendre l’acquisition d’un savoir plus efficace, plus ludique, plus intéressante pour le public etc. J’ai donné ma démission pour suivre mon compagnon à Angers et c’est là que j’ai trouvé le poste à Terre des Sciences, parce que j’avais à la fois une bonne connaissance du monde professionnel végétal et des pratiques pédagogiques.

« Aujourd’hui, finalement, je fais ce que je voulais faire au départ : de la vulgarisation scientifique, mais différemment, via la conception d’animations, de jeux, de ressources et d’échange avec les jeunes. »

 

Donc ce que vous aimez particulièrement dans votre métier c’est quoi ?

Le côté créatif, ludique, pédagogique est très intéressant. J’aime beaucoup le contact avec les jeunes parce qu’ils ont toujours la question qu’on n’avait pas vu venir et qui nous force à réinterroger notre façon de faire et ce qu’on pensait. Le contact aussi, d’un autre côté, avec le monde professionnel : pouvoir créer du lien là où il n’y en a pas forcément je trouve ça super intéressant.

 

Aujourd’hui on perçoit le secteur agricole, donc une partie du végétal, comme un secteur assez masculin. Qu’est-ce que vous en pensez ?

En école d’ingénieur du végétal, nous étions plus de filles que de garçons, sans doute parce que, s’il y a un secteur scientifique où les filles n’ont pas trop peur d’aller, c’est la biologie. Il y a peut-être plus d’hommes dans la partie production, peut-être plus femmes dans tout ce qui est analyse/laboratoire/qualité. Dans la recherche on trouve les deux à peu près équivalent. Pour tout ce qui est commercial, ça dépend des types de postes, je pense qu’on trouve plus d’hommes sur les postes de commerciaux à forte mobilité et plus de femmes sur des postes fixes de commerciaux en entreprise. En arboriculture, il y a encore beaucoup d’hommes.

« Aujourd’hui, ce qui peut freiner les filles, mais les jeunes en général, c’est peut-être l’image qu’on peut avoir des métiers de l’agriculture, cette image d’un travail physique, pénible »

Alors qu’il y a eu beaucoup d’évolution sur cet aspect des métiers, avec beaucoup de robotique, de domotique, de nouvelles technologies qui ont intégré les pratiques de production et d’exploitation du végétal. Par exemple, il y a maintenant des robots pour faire le désherbage mécanique. Mais c’est une image qui peine à être renouvelée auprès des jeunes. C’est aussi mon rôle de leur montrer ce que c’est vraiment aujourd’hui les métiers du végétal pour qu’ils ne s’en détournent pas par méconnaissance. L’image de « l’agriculteur pollueur » aussi en freine peut-être, alors que le développement durable s’invite largement dans des entreprises de plus en plus nombreuses : production bio, sans résidus, agroécologie sont des réalités des métiers du végétal d’aujourd’hui, des réalités qui collent avec les idéaux des jeunes.

 

Selon vous, qu’est-ce qui pourrait être amélioré pour que les femmes dans le secteur agricole soient plus nombreuses aujourd’hui ?

« Je pense que, de plus en plus, les filles se saisissent du fait qu’elles peuvent tout faire comme les garçons, à partir du moment où elles sont motivées et que ça leur fait vraiment envie. »

Il faudra peut-être encore quelques années pour ça arrive pour de bon mais c’est aussi notre rôle de leur montrer que tout est accessible à tout le monde. Il faudrait faire se rencontrer plus souvent les personnes de l’agriculture et les jeunes filles, que les entreprises proposent spontanément des stages aux jeunes, notamment dans les classes de 3ème, les invitent à venir voir leurs métiers. Et puis, il y a certaines entreprises qui ont à travailler sur le fait que les femmes peuvent intégrer leurs rangs sans soucis et qu’il faut savoir leur donner leur place aussi ! Je pense que le pire ennemi des filles, c’est elles-mêmes en fait. Il ne faut pas trop se poser de question et foncer !

 

Avez-vous eu des problèmes particuliers par l’équipe masculine qui vous entourait ?

J’ai connu deux situations où l’accueil dans l’entreprise n’était pas forcément très bon mais je ne pense pas que c’était lié au fait que j’étais une fille. Le premier poste dans lequel j’ai été était une création de poste pour lequel un des salariés de l’équipe en place, que je devais manager, avait postulé. Quand je suis arrivée il m’a dit clairement « moi je te préviens, je voulais ce poste-là, ils n’ont pas voulu me le donner donc ne t’attends pas à ce que je fasse des efforts ». Mais voilà, c’était une histoire entre lui et les responsables de l’entreprise. Moi j’ai fait ce que j’avais à faire, mon travail, en faisant mon maximum pour arrondir les angles et on s’est très bien entendus après ça.

Dans un autre poste, encore une création de poste, quand je suis arrivée au CFPPA, un des formateurs m’a dit « je n’ai rien contre toi mais, clairement, je ne vois pas à quoi tu vas servir ». 6 mois après il me disait « c’est super ce que tu fais ».

« Il ne faut pas se vexer, ne pas avoir peur et se donner le temps petit à petit de faire sa place. Mais ça, je pense que c’est valable dans toutes les entreprises et si j’avais été un garçon, ça aurait été exactement pareil … »

Ca m’a d’ailleurs peut-être même aidé d’être une fille car ces messieurs se sont laissés plus facilement adoucir par mon côté conciliant. Et puis, si ça ne marche pas, tant pis ! On aura essayé ! On a le droit à l’erreur et ça, on ne le dit pas assez aux jeunes.

 

Si vous aviez un conseil à donner à une jeune fille qui hésite à se lancer dans ce secteur quel serait-il ?

Si c’est vraiment ce qui te plaît, fonce, ne te pose pas de question, fais toi confiance, donne toujours le meilleur de toi-même et ça le fera. Et si ça ne se fait pas, c’est qu’il faut essayer ailleurs, parce que ce qui ne marche pas dans une entreprise peut très bien marcher dans une autre !

 

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