Quelques éléments de contexte
JobIRL est membre du consortium TechpourToutes, piloté par la Fondation Inria, qui œuvre pour l’orientation et l’insertion des jeunes filles dans les métiers de la tech et du numérique.
Ce programme a été lancé en 2023 par la première ministre, Élisabeth Borne avec l’ambition d’orienter 20 000 jeunes filles vers les filières du numérique afin de favoriser la mixité dans ce secteur d’ici 2030. Le numérique représente un enjeu majeur puisque 115 000 postes d’ingénieur seraient à pourvoir d’ici 2030, soit une hausse de 26% par rapport à 2019 selon le rapport “Les Métiers en 2023”.
JobIRL oeuvre au déploiement de ce programme répondant à un enjeu national.
Représentation des femmes dans la Tech
En 2019, seulement 25 % des femmes occupaient des fonctions techniques. Les autres travaillaient certes dans des entreprises du numérique, mais dans des fonctions dites « de support » : marketing, communication, documentation, etc. Aujourd’hui, les femmes ne représentent que 27,4 % des salariés du secteur informatique. Pourtant cette répartition n'a pas toujours été telle :

1978
50 % des étudiants en informatique étaient des femmes

2010
Elles ne représentaient plus que 10 à 15 % des effectifs.
Aujourd’hui, le métier d’ingénieur informatique se caractérise par une forte sous-représentation des femmes en France. Or, les femmes ont joué un rôle essentiel dans ce secteur entre les années 1940 et 1980 : elles y étaient largement représentées et ont contribué de manière déterminante au développement de la discipline.
Malgré les politiques publiques mises en place pour féminiser le secteur, leur représentation a fortement chuté. A travers cette ressource, Il s’agit donc de comprendre pourquoi la présence des femmes dans le numérique peine à progresser et d’identifier les leviers susceptibles d’inverser cette tendance.
La perception des métiers du numérique à travers le temps
Là où des secteurs comme le bâtiment, la police ou l’armée sont restés durablement masculins, le numérique présente un paradoxe : les femmes y étaient autrefois bien plus présentes qu’elles ne le sont aujourd’hui.
Le basculement s’opère à partir des années 1980, lorsque le secteur gagne en prestige et en reconnaissance. Il est alors progressivement investi par les hommes. En Occident, les représentations dominantes associent ces métiers à des qualités perçues comme masculines : virtuosité technique, inventivité, capacité d’abstraction ou encore ambition professionnelle.
Ces stéréotypes s’incarnent notamment dans la figure du « geek » ou du « hacker », passionné de programmation. L’arrivée des ordinateurs personnels dans les foyers a renforcé cette dynamique : ils étaient majoritairement destinés aux garçons, tant dans les usages familiaux que dans les campagnes publicitaires. Dès lors, à l’entrée dans l’enseignement supérieur, les jeunes hommes disposent souvent d’une avance en informatique, ce qui peut accentuer le décrochage des jeunes femmes dans ces filières.
Par ailleurs, la notion même de « technologie » a évolué au fil du temps. Autrefois utilisée pour désigner aussi bien le tricot que le travail du métal, elle s’est progressivement restreinte, à partir des années 1930, aux sciences appliquées, à l’ingénierie et aux machines — des domaines davantage associés aux hommes (Rocabert, 2020).
À l’inverse, les activités dites du « care », c’est-à-dire liées au soin et à l’accompagnement, ont longtemps été associées aux femmes.
La sous-représentation féminine dans le numérique s’explique ainsi en grande partie par des facteurs culturels : ces métiers restent encore largement perçus comme masculins.
Les choix d’orientation sont, de ce fait, fortement influencés par ces représentations genrées.
Cette situation prend racine dès l’enfance, au sein des pratiques éducatives et des normes sociales transmises tout au long du parcours scolaire. Elle est également liée à des environnements sexistes, au sein desquels les femmes peuvent évoluer (famille, entourage proche…).
Plusieurs études montrent que cette sous-représentation n’est pas liée à un manque d’intérêt ou de curiosité des jeunes filles, mais plutôt à un déficit d’encouragement de la part de la famille ou du corps enseignant, ainsi qu’à un manque de modèles féminins auxquels s’identifier.
Défaire les stéréotypes
Les représentations se jouent dès l’enfance, que ce soit à travers la socialisation, les jeux attribués à chaque genre (ex : la représentation persistance du “geek” pour les jeux vidéo). Ces stéréotypes peuvent être renforcés par la suite au sein de l’enseignement par le corps professoral.
Selon l’HCE (Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes), pour les mêmes résultats, les garçons se voient deux fois plus proposés de s’orienter dans les filières scientifiques que les filles.
Les femmes se disent davantage découragées que les hommes à s’orienter vers les filières STEM (Sciences, Technologies, Ingénierie et Mathématiques). 37 % des femmes, contre 25 % des hommes, déclarent avoir été dissuadées de choisir ces filières. L’écart est encore plus marqué dans le domaine du numérique et de l’informatique. (Flécher, 2025)
La première source de découragement provient du corps enseignant : une femme sur deux dans ces filières affirme avoir été découragée par un ou plusieurs enseignants. Viennent ensuite l’entourage familial, puis les amis. Ces figures d’autorité déterminent un rôle important dans le choix d’orientation des jeunes filles et peuvent, sans le vouloir, les décourager.
La réforme du baccalauréat de 2019 a par ailleurs renforcé ces écarts, en contraignant les élèves à faire des choix d’orientation de plus en plus précoces. Selon le HCE, le nombre d’élèves ayant un profil scientifique a baissé. On compte une diminution de 58% de filles et 34% de garçons entre 2019 et 2022.
Si les hommes peuvent également être découragés, les raisons invoquées diffèrent : ils mentionnent davantage la difficulté académique ou le niveau requis. Les femmes, en revanche, évoquent principalement l’hostilité du milieu et le sentiment que ces métiers ne seraient «pas faits pour elles».
Dans le supérieur, on observe qu’un quart des étudiantes en grandes écoles scientifiques ne se sentent pas à leur place, en raison de la faible mixité et des violences sexistes et sexuelles qu’elles peuvent subir.
Dans le monde du travail, seules 22 % des postes de direction dans la tech sont occupés par des femmes. Par ailleurs, près de la moitié d’entre elles quittent le secteur après 35 ans, invoquant un climat professionnel marqué par un entre-soi masculin et une culture parfois viriliste (Têtu Connect, 2024) — situation qui diffère toutefois selon les pays, comme en Roumanie ou en Bulgarie. Un autre constat du HCE : les startups lancées par des femmes dans le secteur reçoivent en moyenne 2,3 fois moins de financements que celles lancées par des hommes.
Cela s’explique par le biais de similarité, c’est à dire la tendance à nourrir une bienveillance à l’égard des personnes qui nous ressemblent. Puisque les hommes sont majoritaires dans les décisions financières, ils investissent davantage dans les projets portés par les hommes.
Et vous, quel est votre rôle en tant que mentor ?
Comme vous l’aurez compris, la sous-représentation des femmes dans le numérique s’explique avant tout par des stéréotypes persistants, un manque d’encouragement de l’entourage et des environnements souvent peu inclusifs, davantage que par un manque d’intérêt ou de compétences.
En tant que mentor, votre rôle est donc clé pour faire comprendre ces enjeux aux jeunes filles que vous accompagnerez.
Votre bienveillance, votre soutien ainsi que votre capacité à transmettre votre parcours et votre expérience, et à partager les éventuelles difficultés rencontrées, seront essentiels. Il est également important pour accompagner au mieux vos futures mentorées de ne pas véhiculer vous-mêmes des biais de genre.

Rôle du mentor
Renforcer la confiance, déconstruire les idées reçues et aider la jeune à se projeter concrètement dans ces métiers. Encourager, valoriser et offrir des modèles inspirants constituent des leviers déterminants pour favoriser une plus grande mixité.

Tester ses propres biais de genre
Vous pouvez réaliser un quiz — sur le sexisme ordinaire — proposé au sein du ministère des armées.
Les mesures mises en place
Plusieurs dispositifs ont été instaurés dans l’enseignement secondaire afin de lutter contre ces inégalités et de mieux prévenir les violences sexistes et sexuelles.
Délégués à l'égalité désignés dans les classes
Dispositif soutenu par le ministère pour les victimes de violences sexistes et sexuelles
Pour aller plus loin...
Si vous souhaitez vous renseigner davantage sur le sujet vous pouvez consulter ces ressources :
Les femmes et l’informatique : histoire d’une exclusion, enjeux de la réappropriation | ritimo
Cnaé | enseignementsup-recherche.gouv.fr
Feuillet-BiaisInconscientsetRecrut_FinaleWEB.pdf
Rapport – La Femme Invisible dans le numérique : le cercle vicieux du sexisme | HCE
Les femmes quittent la tech à l’âge de 35 ans, comment les retenir ? – Têtu Connect








