Sophie Chanel travaille dans l’aéronautique : « Le secteur offre des carrières aux filles encore peu représentées »

Responsable de comptes dans le secteur de l’aéronautique, Sophie Chanel allie ses connaissances techniques et ses compétences commerciales pour conseiller les clients. Dans ce secteur principalement masculin, elle a trouvé sa place dans le monde de l’industrie et montre à quel point les évolutions de carrière sont nombreuses pour tous les jeunes qui souhaitent s’orienter dans cette voie.

Pouvez-vous nous parler de votre métier et du poste que vous occupez actuellement ?

Je travaille au sein de la société Expleo, une société de conseils en ingénierie qui opère dans différents secteurs d’activité, notamment dans l’aéronautique. J’occupe le poste de Responsable de comptes clients, je suis en charge du développement commercial de nos activités de l’usine de Saint-Eloi (fabrication des mâts-réacteurs des avions d’Airbus) ainsi que de nos activités environnements chez Airbus.
 
Mon poste consiste à développer les activités de supports et de conseils auprès des clients Airbus, leur proposer des solutions techniques, des consultants sur différents sujets, des solutions packagées ou encore fournir de l’assistance technique pour les accompagner dans leurs différents projets. Je peux intervenir sur toutes les activités d’un cycle de développement d’un produit : activités de recherche et de développement, support en ingénierie en lien avec la production en série et les méthodes de manufacturing, support à la qualité, au management des projets, à l’environnement, …

Est-ce que ce poste demande des connaissances techniques particulières ?

Il faut surtout comprendre l’écosystème global du secteur et de l’entreprise et avoir une connaissance du produit, de ses spécificités, des réglementations environnementales donc oui, cela nécessite une certaine base de connaissances techniques.

Quel a été votre parcours pour arriver à ce poste et à ce niveau de connaissances techniques ?

Au départ, j’ai une formation d’ingénieure avec un doctorat en sciences des matériaux, ce qui me donne une base technique solide. J’ai ensuite démarré ma carrière chez Expleo en tant que chargée d’affaires matériaux où j’étais consultante en ingénierie.
 
Par la suite, j’ai exprimé le souhait d’évoluer vers des fonctions avec plus de relations humaines, j’ai eu l’opportunité de remplacer une commerciale partie en congé maternité et j’ai pu évoluer dans l’entreprise vers des fonctions commerciales. J’ai effectué des formations au fil des années et j’ai gravi les échelons dans cette filière commerciale.

Aujourd’hui, on a la possibilité de se former tout au long de sa vie professionnelle.

Soit, on décide de son propre chef de compléter sa formation, soit c’est l’entreprise qui voit en nous des capacités de leadership et qui va nous donner les outils nécessaires pour être à l’aise dans la fonction qu’on nous propose grâce à des passerelles.

Echange sur le métier d’ingénieur.e aéronautique avec des pros

Quelles qualités vous paraissent indispensables pour faire ce métier ?

Il faut être à l’écoute, être curieux(se), savoir retirer les points clés qui permettent de comprendre quels sont les enjeux du client, de l’entreprise et du projet, pour ensuite se positionner au mieux et amener la solution la plus pertinente. Cela demande de la souplesse, de la réactivité et de l’implication. L’emploi du temps est très changeant, il faut donc s’adapter en conséquence.
 
Il faut aussi aimer apprendre en permanence car il s’agit de vendre des choses différentes, dans des branches différentes, avec des offres très variées (support qualité, support projet, support outillage, support à la transformation digitale des entreprise…). On est toujours dans cette phase de déséquilibre où on n’est jamais complètement expert d’un sujet mais on doit pouvoir comprendre de manière superficielle le projet et les spécificités et être en capacité de les retranscrire en interne aux équipes qui vont trouver des solutions, proposer des montages et nous accompagner dans la phase de vente. Être Responsable de comptes, c’est faire l’interface avec le client, donner une ligne de conduite en pilotant en interne les équipes techniques pour travailler plus en détail les besoins des clients.

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier ?

Avec ma formation commerciale, j’ai une vraie place dans l’organisation, je me sens utile, j’amène ma vision des choses que je partage avec d’autres personnes. Il y a beaucoup d’effervescence, tous les jours il peut y avoir des changements de programme. Cela demande beaucoup d’investissement et d’énergie mais c’est gratifiant et je ne m’ennuie jamais.
 
Evidemment, la partie technique est indispensable pour toute fonction commerciale, pour comprendre les besoins des clients. Aujourd’hui, pour travailler dans l’industrie, je pense qu’il vaut mieux avoir un bagage technique au départ et ensuite évoluer vers d’autres fonctions, ajouter une nouvelle compétence (commerce, management de projet, qualité, …). Ce sont des compétences transversales, qui peuvent s’appliquer à différents moments du cycle de développement d’un produit, mais qui sans la partie technique, sont compliquées à gérer.

On dit que le secteur de l’aéronautique et de l’industrie est majoritairement masculin, est-ce une idée reçue d’après vous ?

Je ne pense pas que cela soit une idée reçue. Dans le secteur des matériaux, c’est l’une des matières où les femmes sont le plus représentées, c’est assez équilibré. Mais dans l’entreprise et tout particulièrement celui de l’industrie et de l’aéronautique, les femmes restent une minorité bien qu’il y en ait de plus en plus. Je travaille dans un milieu essentiellement masculin et mes clients sont essentiellement des hommes.
 
Au niveau commercial, les femmes sont plus nombreuses mais on ne travaille pas forcément ensemble puisque nous avons chacune notre portefeuille clients. Dans les faits, la parité, comme source de richesse et de diversité, n’est pas encore atteinte.

Pensez-vous, qu’en tant que femme, vous amenez quelque chose en plus dans votre travail ?

Je pense qu’il y a une approche différente des femmes par rapport aux hommes, elles sont plus à l’écoute et dans la recherche de solutions, c’est d’ailleurs peut-être pour ça qu’il y a plus de femmes au niveau commercial.
 
Il y a des enquêtes qui prouvent que des équipes où il y a la parité sont plus efficaces, mais ce que je vois c’est que dans la gestion de certaines situations, j’apporte un certain regard, une façon de voir les choses qui est différente, ce qui crée une richesse mais je ne sais pas si cela vient du fait que je sois une femme ou de ma personnalité.

Que peut-on conseiller à une jeune fille qui veut travailler et évoluer dans ce secteur ?

Je pense qu’il est important d’avoir un appétit pour l’aspect technique. Le milieu de l’industrie et de l’aéronautique offre énormément de possibilités de développement de carrière, et d’autant plus pour les filles car elles sont peu représentées. Il y a une complémentarité avec la gente masculine qui fait que les entreprises regardent les candidatures féminines avec intérêt.

Il faut oser, ne pas se mettre des barrières ! Tout le monde peut y arriver avec du travail et de la bonne volonté.

Dans le monde de l’industrie, c’est tout à fait possible de s’orienter vers des doubles compétences : des compétences en ingénierie, du management d’équipe, de projet, de commerce, de la qualité, …
 
Par rapport à mon parcours, quand je suis passée de chargée d’affaires matériaux au commerce, c’était un saut dans l’inconnu, je basculais dans quelque chose qui n’avait rien à voir avec ce que je faisais avant mais j’y suis allée et je ne regrette absolument pas. C’est ce que je conseille aux jeunes filles, se jeter à l’eau ! Même si une expérience n’est pas toujours réussie, on apprend toujours quelque chose pour s’orienter et en apprendre plus sur soi.
 
Enfin, il ne faut pas oublier que l’entreprise n’est pas quelque chose de froid et statique, les hommes et les femmes qui la constituent ont fait les mêmes démarches, ont le même parcours et c’est rassurant. Il y a beaucoup de bienveillance avec les jeunes, de l’accompagnement et beaucoup d’humanité. De l’extérieur ça peut paraître immense, mais les équipes et les projets sont toujours à dimension humaine.

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