Enseignante-chercheuse en génie chimique à l’ENSIACET, Séverine vous parle de l’importance de la recherche pour le monde de l’industrie d’aujourd’hui

Enseignante-chercheuse à l’ENSIACET, Séverine Camy pratique un double-métier qui demande rigueur et organisation, dont les recherches sont importantes pour de nombreuses industries qui souhaitent évoluer et changer leurs manières de produire.

Pouvez-vous nous présenter votre métier ?

Je suis enseignante-chercheuse, c’est un double métier. Plus précisément, je suis professeure d’université dans une école d’ingénieurs, l’ENSIACET (Ecole Nationale Supérieure des Ingénieurs en Arts Chimiques et Technologiques), une école qui forme aux métiers de la chimie, des matériaux, du génie chimique, du génie des procédés et du génie industriel et en parallèle, je suis rattachée au Laboratoire de Génie Chimique une unité mixte de recherche de l’Université et du CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique).

La plupart des enseignants à l’université sont enseignant-chercheurs, c’est à dire qu’ils ont une double mission, d’enseignant avec un certain nombre d’heures d’enseignement à assurer auprès de nos élèves et de chercheur dans un laboratoire.

Sur quoi portent vos recherches en laboratoire ?

Mes recherches portent sur le développement de nouveaux procédés industriels notamment pour remplacer l’utilisation de solvants chimiques par des technologies plus respectueuses de l’environnement. Je m’occupe en particulier de développer des procédés qui utilisent du dioxyde de carbone dans un état de pression et de température spécifique, qui va permettre de remplacer certains solvants dans l’industrie chimique, cosmétique, pharmaceutique et également dans l’industrie agroalimentaire.

Concrètement, en quoi consiste une journée typique en tant qu’enseignante-chercheuse ?

Il n’y a pas vraiment de journées typiques du fait de cette double mission d’enseignante-chercheuse. En laboratoire, je fais de moins en moins d’expériences à présent, je m’occupe de définir des projets de recherche et d’encadrer des doctorants, des stagiaires, de collaborer avec d’autres chercheurs sur des projets dans lesquels on développe de nouveaux procédés, où nous essayons de progresser sur les plans scientifique et technique.

Une grosse partie de mon travail consiste aussi à corriger des rapports et publications scientifiques, à rédiger des projets et travaux de recherche des plus jeunes collègues que j’encadre.

Je suis également responsable adjointe d’une formation à l’ENSIACET et responsable adjointe de mes groupes de recherche. Il y a donc des missions d’ordres organisationnelles et administratives. Un aspect que l’on retrouve en laboratoire aussi car il faut organiser et participer à la politique scientifique du laboratoire.

Quelle a été votre formation pour devenir enseignante-chercheuse ?

Pour être enseignante-chercheuse, il faut être titulaire d’un doctorat. J’ai réalisé une thèse de doctorat et avant cela j’ai été étudiante en école d’ingénieur (celle dans laquelle j’enseigne). Ce qui fait que mon parcours n’est pas des plus classiques c’est que j’ai d’abord obtenu un DUT (diplôme universitaire de technologie) et j’ai ensuite pu intégrer l’école d’ingénieur en admission sur titre, alors qu’en général, la voie la plus standard pour intégrer une école d’ingénieurs est de passer par des classes préparatoires, ce qui n’a donc pas été mon cas.

Le milieu de la chimie et des procédés vous a-t-il toujours intéressé ?

Le domaine oui parce que je travaille dans les procédés depuis mon DUT. Au lycée, je voulais faire de la chimie et puis j’ai rencontré un conseiller d’orientation qui m’a expliqué que le secteur de la chimie était un peu « bouché » à l’époque mais qu’en revanche un domaine recrutait beaucoup : le génie chimique, l’industrialisation de la chimie qui va comprendre la pharmacie, la cosmétique, l’agroalimentaire, le traitement de l’eau. Le DUT proposant ce genre de formations, j’ai intégré celui de Toulouse. Finalement, c’était un peu le coup du hasard mais ça m’a plu et j’ai continué dans cette voie parce que c’est très technique et ça me plaisait beaucoup.

J’ai eu beaucoup de chance parce que je ne savais pas du tout ce qu’était le génie chimique et c’était un bon conseil de sa part. J’ai bien été orientée, ça me plait, c’est concret, ça touche à la vie quotidienne des gens, c’est une recherche assez appliquée.

Quelles sont les qualités requises pour travailler dans un laboratoire ? Et par la suite pour allier cette double mission d’enseignante-chercheuse ?

Comme pour tout travail en lien avec la recherche, il faut être curieux, avoir envie de comprendre les choses, aimer les expliquer aux autres aussi parce qu’on ne fait pas de la recherche tout seul pour soi-même, on doit partager et présenter nos résultats et transmettre nos savoirs aux étudiants.

Il faut aimer écrire car on produit beaucoup de documents. Il faut beaucoup lire aussi pour toujours se tenir au courant de ce qui sort dans son domaine, être au point sur les nouveautés et savoir où on est dans ses recherches. Il faut prendre en compte les dernières avancées pour s’adapter.

Ce que j’aime dans ce métier, c’est que j’ai l’impression d’apprendre tout le temps, on travaille sur de nouvelles choses et de nouveaux sujets, on apprend aussi quand on doit faire un cours aux étudiants parce qu’il ne s’agit pas d’aller faire un cours sans maitriser son sujet.

Cela nécessite de la patience, parfois pour avoir des résultats il faut attendre des années. Et enfin, il faut une rigueur scientifique. Quand on publie des résultats, c’est important de les présenter avec beaucoup de rigueur sinon ils ne veulent rien dire. Il faut toujours bien maitriser le contexte dans lequel on fait des analyses et faire beaucoup de recherches bibliographiques.

On imagine souvent que les études d’ingénieur restent une formation principalement masculine. Est-ce que c’est quelque chose que vous constatez dans le cadre de votre enseignement ou que vous avez constaté lors de vos études en école d’ingénieurs ?

Cela dépend du domaine de formation. En sciences de l’ingénieur, de manière générale, quand on regarde les chiffres, il y a peut-être plus d’hommes que de femmes en effet. En revanche, en chimie c’est l’inverse, il y a une majorité de femmes, c’est aussi le cas dans la biologie par exemple. Après, effectivement, quand on regarde des domaines comme les mathématiques, l’informatique ou la physique c’est majoritairement masculin.

A l’ENSIACET, comme nous avons des formations en génie chimique et en génie des procédés dont la population étudiante est assez mixte, c’est quasiment du 50/50 : le génie des matériaux est plutôt féminin et de l’autre côté, le génie industriel est majoritairement masculin. De cette façon, on arrive à une certaine parité.

Sur quoi portent les cours que vous enseignez à l’ENSIACET ?

J’enseigne la thermodynamique, une science qui permet d’expliquer dans quel sens se produisent les échanges de chaleur et d’énergie entre les systèmes, qui va expliquer pourquoi certaines molécules vont se trouver à l’état liquide, pourquoi l’eau et l’huile ne se mélangent pas, par exemple.

C’est une matière assez difficile à expliquer en une ligne mais qui est très importante dans notre secteur. Dans l’industrie, il s’agit de créer des réactions chimiques entre différents produits dans le but d’en créer d’autres. Il faut ensuite séparer ces produits qui se sont formés, et au moment de la séparation, les produits peuvent se trouver sous-forme liquide, solide, gazeuse,… On fait beaucoup de calculs pour prévoir ce qu’il peut se passer, pour calculer la taille des appareils qui vont permettre de faire une réaction chimique et de séparer des produits mais aussi comment chauffer, comment refroidir, comment mélanger…

Finalement, votre domaine d’étude et d’enseignement porte plus sur une phase de calcul et d’anticipation que de mise en pratique de ces procédés ?

Les deux. On essaie de les concevoir en faisant des manipulations et des simulations. On essaie aussi d’améliorer les procédés qui existent déjà, notamment les procédés utilisés dans les années 1970 et 1980 qui utilisaient beaucoup de produits chimiques. A présent, on essaie de minimiser l’impact environnemental de ces procédés et de diminuer la consommation énergétique. On travaille donc sur la conception, l’amélioration et le retraitement.

Au-delà des produits chimiques, notre travail peut aussi porter sur un produit fini comme un rouge à lèvres ou un médicament. Tout composé qui va être fabriqué à une échelle industrielle va poser des problèmes liés à cette production. Le chimiste va savoir faire une manipulation en laboratoire et va expliquer la « recette », par exemple si vous voulez fabriquer telle molécule, vous devez mélanger telle molécule avec une autre, chauffer à telle température pendant tant de temps… De notre côté, on s’occupe de trouver comment formuler cette recette à une échelle industrielle donc il faut mesurer les quantités des produits, faire en sorte que ça ne coute pas trop cher, qu’il y ait un certain niveau de sécurité,…

Vous pouvez donc parfois être sollicitée directement par une entreprise qui veut modifier et/ou améliorer sa production ?

Oui, tout à fait. Nous avons beaucoup de liens avec l’environnement économique des entreprises qui veulent améliorer certains procédés ou changer leurs manières de faire. Cela peut être des collaborations directes ou se traduire par l’encadrement de thèses.

Le site de l’ENSIACET propose une vidéo explicative très intéressante de toutes les phases d’action de nos métiers : https://youtu.be/fUf28tCViNs

Que conseillez-vous à un jeune qui voudrait se lancer dans une carrière similaire ?

Pour être enseignant-chercheur, les études sont assez longues puisque pour obtenir sa thèse, il faut réaliser 8 ans d’études. Il ne faut pas avoir peur de partir à l’étranger. Personnellement, entre le moment où j’ai soutenu ma thèse et celui où j’ai trouvé mon poste actuel, 6 ans se sont écoulés où j’ai eu des contrats assez différents de ce que je fais actuellement, mais il ne faut surtout pas se décourager et c’est toujours l’occasion d’apprendre.

En ce qui me concerne, j’ai pu réaliser ma thèse à Toulouse mais aujourd’hui c’est plus difficile car souvent il faut avoir un certain nombre d’expériences professionnelles à l’étranger, ça fait partie des critères de sélection pour obtenir ce type de postes. C’est aussi parce qu’on est beaucoup jugés sur le nombre de publications scientifiques, le nombre d’articles dans des revues scientifiques qui sont parus et donc pour cela il faut avoir fait pas mal de recherche avant d’être recruté.

Ce que je peux conseiller à des jeunes qui veulent faire ce métier, c’est d’y croire et de ne pas hésiter à être mobile !

 

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