Spéciale Intelligence Artificielle : Anna Choury, mathématicienne de 30 ans, a créé sa startup Maathics pour une IA équitable

L’IA, c’est son DADA ! Anna Choury a créé avec ses amis chercheurs, la startup Maathics, qui teste des intelligences artificielles pour les rendre éthiques !

anna choury

Que fait une entrepreneuse de la « Tech » dans l’Intelligence Artificielle ?

Ingénieure de recherche, j’ai fédéré un groupe de chercheurs autour de l’Intelligence artificielle (IA), un sujet qui nous tenait à cœur et que nous considérions comme porteur.
 
« Je les ai convaincus de créer notre startup Maathics, étant mathématiciens afin de proposer une solution pour rendre l’Intelligence Artificielle équitable. »
 
Nous avons développé un outil pour détecter automatiquement par exemple la discrimination dans l’intelligence artificielle, et notre objectif est de créer un label d’utilisation équitable de « Fair data use ».
Nous voulons certifier que les traitements qui utilisent des données personnelles, par exemple quand on est sur un téléphone, quand on demande un prêt, on cherche un travail, un logement etc… ne soient pas sources d’injustice raciste ou sexiste. Nous essayons de toucher les grandes entreprises qui reçoivent beaucoup de candidatures, et nous voulons travailler avec elles sur leur gestion des ressources humaines.
Il y a beaucoup de dangers dans l’IA liés à des discriminations. A titre d’exemple, Amazon a essayé de développer une intelligence artificielle pour innover dans le recrutement, qui était censé l’aider à recruter  les meilleurs profils et l’intelligence artificielle était complètement sexiste, elle a exclu les femmes. cf. article « Le logiciel de recrutement n’aimait pas les femmes » (Le Figaro, 11/10/2018).
 

Les longues journées qui n’en finissent plus, vous connaissez ?

Oui, il y a les mauvais jours où on se réveille avec une liste impressionnante de choses à faire, des personnes à contacter, des détails à régler, et puis, il y a les bons jours où on se réveille avec une liste de choses à faire mais le ressenti est différent. Je dois rencontrer des clients potentiels, organiser des réunions, faire du networking lors d’événements où l’on se retrouve entre professionnels.
Je donne aussi beaucoup de conférences, et je suis au bureau une fois par semaine. J’en profite pour coder, car je suis une technicienne à la base, et répondre à mes mails.
 

Quel a été votre parcours pour devenir entrepreneuse ?

« En seconde, je rêvais d’être joueuse de belote professionnelle, peintre et écrivaine. Je n’étais pas bonne en maths et mes parents m’ont obligée à prendre des cours particuliers. »

A l’époque, je voulais être kiné, donc j’ai passé des concours et j’en ai obtenu un mais lors d’une discussion en famille, je me suis dit : « moi kiné d’ici deux ans ? Est-ce que je vais faire cela toute ma vie ?» En rentrant en septembre, je me suis présentée à l’UFR de mathématiques et d’informatique de Paris-Descartes qui m’a acceptée.

J’ai réussi ma 1ère année mais j’ai raté mon DEUG. Je me suis alors demandée ce que j’allais faire de ma vie, je suis retournée en cours et j’ai essayé de comprendre la statistique, cela m’a plu. J’ai demandé à intégrer Université Pierre et Marie Curie à Jussieu, en Licence de mathématiques fondamentales puis j’ai été prise à l’INSA de Toulouse, où j’ai découvert l’intelligence artificielle. L’Institut de Mathématiques de Toulouse est venu me chercher pour me dire qu’ils avaient un poste d’ingénieure de recherche, c’était le début du big data.

J’ai ensuite décidé de créer avec un chercheur, Alykis, une société de conseil qui proposait la mise en œuvre de méthodes de pointe adaptées à l’analyse du Big Data. Je me suis aussi intéressée au véhicule autonome, c’était passionnant, et une société d’assurances a acheté ma technologie à mon client, qui consistait à juger les individus, je ne me posais pas trop de questions à ce moment-là. Ma technologie a été détournée, cela m’a freinée dans mon élan et au même moment, il y a eu ces scandales de l’intelligence artificielle racistes.

« Je me suis demandée à quoi cela servait de faire de l’IA ? J’ai rejoint mes amis chercheurs qui travaillaient sur la discrimination dans l’IA depuis quelques mois et nous avons créé Maathics. »

Quelles qualités faut-il pour être entrepreneuse dans l’IA ?

« La première qualité à avoir est la résilience, c’est-à-dire accepter de prendre des coups et de continuer quand même surtout quand on est une femme. »

J’ai à peine 30 ans et je suis souvent la seule jeune femme à participer à des conférences. Il y a beaucoup d’hommes dans la Tech et le sexisme y est très présent. J’ai aussi rencontré des gens bienveillants, il faut juste savoir se positionner, mais c’est fatigant et pas forcément productif. C’est important de se souvenir d’où l’on vient, ce qu’on a créé et pourquoi on le fait.

Quand on entreprend, il faut être capable de comprendre les enjeux techniques, pour ne pas se faire embrigader dans des débats de société tel que « La discrimination est un état de fait avéré dans notre société, est-ce que c’est vraiment quelque chose qu’il faut changer par l’IA ou pas ?

Pourquoi aimez-vous ce métier ?

Je rencontre des personnes extraordinaires et je me suis rendue compte que comme je travaille sur la diversité et l’inclusion, je suis en relation avec des gens du secteur de l’ESS (Economie Sociale et Solidaire), qui sont bienveillants et qui ont de vrais projets, de vraies solutions pour rendre le monde de demain meilleur.

Et s’il y avait une chose à changer dans votre métier d’entrepreneuse ?

J’aimerais que les mentalités évoluent concernant l’entrepreneuriat. L’entrepreneur qui a réussi n’est pas forcément celui qui ne se rémunère pas pendant 5 ans, qui galère et qui est au RSA. Quand nous avons créé Maathics, nous étions tous en couple, avec des enfants à charge et nous espérons développer notre concept.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes et en particulier aux filles qui s’intéressent à l’IA ?

Quand on regarde les profils des entrepreneurs à succès, ils ne nous ressemblent pas mais ce n’est pas parce que vous êtes issu(e) de la diversité, que vos parents n’ont pas fait d’études ou que vous êtes une fille que vous n’y arriverez pas. C’est vrai que ce n’est pas facile pour les filles, nos mères et nos grand-mères ont gagné beaucoup de combats, mais il en reste encore.

« Vous avez une légitimité en tant que femme, si vous avez une expertise sur un sujet précis, il faut vous faire connaître. »

 

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