Ces femmes qui s'imposent dans des métiers d'hommes (Madame Figaro, Pauline Verduzier, 10/12/2014)

« Elisabeth, pourquoi es-tu ici ? Pourquoi n’es-tu pas à la maison à élever des enfants ? »

La question est lâchée au beau milieu d’une réunion technique. Elisabeth Lefort, chef de chantier chez Technip, explique calmement à son client sa passion pour son métier et son envie de s’épanouir autrement que par la maternité.

« Il a écouté attentivement, m’a dit « ok, je comprends » et a poursuivi la réunion », raconte-t-elle. 

Cette ingénieure dans le secteur pétrolier et lauréate du prix « Femme de projets » des trophées des Femmes de l’industrie 2014 n’est pas du genre à se laisser impressionner par ce type de réflexion. À 40 ans, elle a déjà travaillé sur de nombreux chantiers et projets de raffinerie aux quatre coins du globe, de la Chine au Qatar, en passant par l’Inde. Son statut de femme parmi les hommes ?

Un «cap » à passer. « Disons qu’à l’intégration d’une nouvelle équipe, il faut entre un et trois mois pour que les collaborateurs, plus surpris que réfractaires, comprennent que je suis là pour faire mon travail : le côté professionnel prend le pas sur le genre. Le fait que je sois une femme devient alors une caractéristique comme une autre, comme être timide ou extravertie », avance-t-elle. Par trois fois, elle a tout de même préféré changer de projet en raison d’un collègue récalcitrant.  

ces femmes qui s'imposent 

L’atout des femmes: leur motivation

En dehors de ses compétences, Elisabeth Lefort dit miser sur la communication et le contact humain dans son métier. À force de dialogue, de « bonjour » dans la langue locale et de compromis sur certains chantiers (comme « respecter ceux qui ne serrent pas la main aux femmes »), elle assure avoir réussi à creuser son trou.

« C’est à nous les « pionnières » d’ouvrir la voie pour que cela soit plus « naturel » pour les suivantes. Je me souviens qu’il y a une dizaine d’années, un responsable hésitait à intégrer des femmes sur un chantier au Moyen-Orient. J’y ai quand même participé, grâce à d’autres managers qui me connaissaient et croyaient en moi, puis d’autres femmes sont venues intégrer les équipes. »

Selon elle, l’atout d’une femme qui a décidé de faire carrière dans un milieu à dominante masculine est « sa motivation profonde », quand certains hommes arrivent à des postes « par hasard ou par obligation ». 

 » Les pionnières essuient les plâtres »:
 

Déclarée chantier prioritaire en 2014, la mixité des métiers reste un lointain objectif. En France et selon les chiffres de la Dares, seuls 12% des métiers sont mixtes, chiffre que le gouvernement souhaite élever à un tiers en 2025.

Plus de la moitié des femmes actives se concentrent dans une douzaine de familles de métiers. Outre les professions les plus «masculines» comme ouvrier du bâtiment, policier ou conducteur de véhicule, la féminisation de certains postes en entreprise reste très timide malgré des initiatives pour intégrer plus de femmes.

Et les clichés ont la vie dure : un rapport du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) publié en novembre pointe les résistances faites aux carrières de femmes dans des bastions masculins comme l’ingénierie, les métiers techniques et l’encadrement. Tristement baptisée Femmes dans des « métiers d’hommes » : entre contraintes et déni de légitimité, l’étude souligne qu’il est difficile de s’y faire sa place, entre mise à l’épreuve, manque de confiance et sexisme.

« Deux idées subsistent : la technique n’est pas affaire de femmes et les postes à responsabilité sont réservés aux hommes », explique Emmanuel Sulzer, coauteur de l’étude. Pour faire face au procès en légitimité qui les attend au tournant, nombreuses sont celles qui ont le sentiment de devoir en faire « deux fois plus ». « Les pionnières essuient les plâtres. Beaucoup disent adopter des codes masculins pour s’adapter et s’auto-qualifient de « garçon manqué » », ajoute ce chercheur au Céreq.

 

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