En exclu : Interview avec Margot Dumont, journaliste sportive et footballeuse pro

Avais-tu un rêve quand tu étais petite ?

« Oui, quand j’étais petite, je voulais d’abord devenir footballeuse professionnelle, c’est vraiment ma passion, je jouais tout le temps, je venais même en crampons à l’école. »

Je me souviens de mon maître d’école qui me demandait : « Pourquoi tu mets des crampons? » et je lui répondais : « parce que j’aime ça ». A cette époque, le football féminin n’était pas du tout développé, le circuit professionnel était vraiment compliqué, ce n’était pas du tout une perspective pour une fille.

C’était mon rêve, après je me suis réorientée dans le journalisme, mais j’avais quand même un deuxième rêve, c’était d’être hôtesse de l’air parce que j’adore être dans les avions depuis que je suis gamine parce ma mère m’envoyait avec mon frère en Allemagne pour voir ma famille. Je me suis donc habituée à voler, c’est un truc qui me plaisait beaucoup.

J’avais donc ces deux petites passions et je me suis finalement orientée vers le journalisme qui était aussi une passion puisque quand j’avais 7 ans, j’ai dessiné les prémices de mon futur site internet sur l’actualité de l’Olympique Lyonnais. J’étais déjà dans cet esprit de partage de l’information et dans le football.

Est-ce que tu as eu un rôle modèle ?

Oui, la personne qui m’a inspirée quand j’étais petite est mon ami Romain Del Bello, qui était à l’époque le journaliste sport terrain sur les matchs de ligue des champions diffusés sur TF1. Quand je regardais les matchs à la télévision, j’avais une dizaine d’années, j’étais fascinée par le fait de voir qu’un journaliste puisse être sur les bancs de touche, aussi près des joueurs et d’être au cœur de l’événement. C’est quelque chose qui m’a vraiment donnée envie de faire ce métier, et Romain, au-delà de sa personnalité, je l’appréciais, je le trouvais très bon dans ce qu’il disait, par ses analyses et sa façon d’être aussi. Il dégageait beaucoup de valeurs qui me plaisaient bien.

Le sport a-t-il été un vecteur d’insertion ou le contraire ?

Cela a été clairement un vecteur d’insertion pour moi parce que c’est vrai que le sport, en tout cas le foot que je pratique depuis que j’ai 5 ans, a été un vecteur d’insertion déjà à l’école. J’étais la seule fille qui jouait et en plus j’avais un bon niveau. Donc les garçons se battaient pour se mettre avec moi, autant vous dire que j’étais un peu la star de l’école, tout le monde était pote avec moi. Je me suis sentie toute suite à l’aide à l’école, au milieu des gens, des garçons. Le foot a été une porte d’entrée pour moi, cela m’a permis d’avoir une sorte de statut, dans le quartier où j’habitais et à l’école.

En tant que footballeuse, quel message veux-tu transmettre aux filles ?

Je voudrais vous dire, oui, nous sommes des filles mais nous ne sommes pas inférieures aux garçons. Moi, je l’ai prouvée, j’ai toujours été au niveau des garçons. J’ai toujours été très bien acceptée et au contraire, cela permet de mieux se sentir. C’est dommage car il y a beaucoup de filles qui n’osent pas forcément se mettre au foot ou en tout cas s’intégrer dans des groupes de garçons parce qu’elles ont peur de leur regard, ou de ne pas être à la hauteur. Le foot m’a permis justement de casser cette barrière et de bien évoluer ensuite dans un milieu masculin, d’avoir leurs codes etc…

« Il faudrait que les filles passent au-delà de cela et qu’elles prennent confiance en elles. »

Quand as-tu su que tu voulais être journaliste sportive ?

« J’ai presque toujours voulu être journaliste sportive, déjà quand j’ai commencé à dessiner mon futur site internet alors qu’en 1997, Internet commençait à peine. »

C’est venu en grandissant, j’ai vraiment créé ce site à l’âge de 13-14 ans qui a rapidement évolué, je suis devenue une petite référence sur l’OL à l’époque. J’avais des contrats pub avec certaines agences, une petite équipe rédactionnelle, on avait nos articles, nos interviews, nos photos. J’ai géré ce site pendant 4 ans environ et cela m’a permis de me créer un réseau surtout de m’orienter vraiment vers ce que je voulais. Je pense que j’ai quasiment toujours su que je voulais faire ce métier même si en premier lieu, j’aurais aimé être joueuse professionnelle, ce que j’ai quand même réussi à faire pendant une saison.

As-tu conscience de la difficulté du métier de journaliste aujourd’hui ?

J’en ai bien conscience car ce métier évolue vraiment et je vois même une différence avec mes débuts il y a une dizaine d’années. A l’époque, on comptait encore sur les journalistes expérimentés, sur tout ce qu’ils pouvaient vraiment apporter à l’antenne et aujourd’hui, il y a une logique de réduction des coûts. On fait plus appel à des écoles de journalisme pour aller chercher des étudiants qui sortent d’école pour les payer au plus bas prix, quitte à avoir un peu moins d’expérience, de rendu de qualité.

La concurrence est beaucoup plus rude aujourd’hui et les places sont chères. Il y a aussi de plus en plus de blogs, des stories Insta, des podcasts, de nombreuses chaînes de sport alors qu’avant il n’y en avait que 2 ou 3, il y a de tout. C’est devenu plus compliqué de se poser et de durer avec cette multiplication des médias.

Quelle est la place des femmes dans le monde journalistique ?

Il faut faire la distinction entre le journalisme sportif, économique, politique, ça dépend. Le journalisme sportif est un milieu majoritairement masculin, c’est une réalité. C’est vrai que ce n’est pas évident pour une femme de se sentir à sa place, d’être écoutée et d’être jugée à sa juste valeur. Tout dépend de la personne que vous êtes et de vos compétences. Pour ma part, j’ai les codes des garçons, je sais comment ils fonctionnent, j’étais un garçon manqué quand j’étais plus jeune, et je me sens hyper à l’aise dans ce milieu. J’ai l’impression d’être l’un des leurs.

« Si vous êtes compétente et que vous leur montrer que vous savez de quoi vous parlez, que vous n’êtes pas là par hasard, cela se passera très bien. »

Aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup de profils de femmes extrêmement pointues dans le domaine du sport, ce qui fait qu’on est encore une « rareté », mais je pense que cela va évoluer au fil des années et les mentalités vont aussi changer.

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