Instructrice en locomotion, c’est quoi ce métier ? Interview de Marie Crespel de l’association « Les Chiens Guides d’Aveugles Grand Sud Ouest »

Interview de Marie, instructrice en locomotion

En quoi consiste votre métier d’instructrice en locomotion de l’association dans Les Chiens Guides d’Aveugles Grand Sud Ouest ?

L’instructeur de locomotion est spécialisé pour travailler avec les personnes déficientes visuelles, pour développer leur autonomie de déplacement. En intérieur en extérieur, développer toutes les techniques et les stratégies nécessaires pour les aider dans leur mobilité et répondre à leurs objectifs de déplacements.
Au sein de l’association de Chiens Guides d’Aveugle, nous intervenons entre autres pour accompagner la déficiente visuelle dans le développement des pré requis nécessaires au déplacement avec un chien guide.

 

Et concrètement si vous deviez décrire les principales tâches que vous effectuez au cours d’une semaine type ?

Tout commence avec un travail d’évaluation quand on rencontre une personne déficiente visuelle pour la première fois. On va évaluer son niveau d’autonomie dans ses déplacements puis on définit avec la personne le besoin ou non de séances individuelles de locomotion pour développer les prérequis ou faire du repérage de trajet.

« Le travail de repérage consiste à aider la personne à mémoriser de nouveaux trajets, évaluer leur accessibilité et prendre des repères qui seront efficaces lors du déplacement avec son chien guide. »

Le développement des prérequis consiste au développement de ses capacités et ses techniques. On fait donc des exercices pour développer son potentiel multi-sensoriel, et maîtriser les stratégies de traversée de rue par exemple.

Certaines personnes ne souhaitant plus de chiens guides une fois que celui-ci est parti à la retraite, elles reprennent alors leur canne blanche pour se déplacer. Mais cela peut être difficile pour eux, car ils perdent beaucoup de fluidité.

Dans le cadre de l’association, on va donc proposer de former des personnes à l’utilisation de la canne électronique pour garder de la fluidité dans leurs déplacements.

Nous sommes amenés aussi à faire des demandes d’accessibilité auprès des mairies. On leur demande la mise aux normes de certains équipements municipaux, l’installation de feux sonores sur certains carrefours par exemple. L’environnement est parfois la raison principale qui empêche le déplacements autonomes d’une personne.

Un instructeur en locomotion a également une mission de sensibilisation auprès du grand public ou du public touché par la déficience visuelle, et c’est mon collègue Benoit qui est en charge de ce volet à l’association des chiens guides du grand sud-ouest.

« On se rend ainsi dans les écoles, et les associations, où on explique le travail du chien-guide et on sensibilise sur la question de la déficience visuelle. »

 

Quel a été votre parcours et votre formation pour arriver à ce métier d’instructeur en locomotion ?

J’ai obtenu un BAC S et j’ai découvert le métier de psychomotricien à la même période. Je me suis donc orientée vers une année de prépa au concours pour intégrer l’école de psychomotricité. La formation dure trois ans et on obtient un diplôme d’état de psychomotricien à la fin.

J’ai commencé par travailler avec des enfants déficients visuels pour les accompagner dans leur intégration à l’école, dans les crèches, accompagner les familles…

C’est dans ce cadre que j’ai côtoyé des instructeurs en locomotion et j’ai donc décidé de me tourner vers ce métier et de réaliser la formation pour me spécialiser davantage.

Il y a deux principales formations francophones :

  • Paris, formation privée délivré par a FAF (Fédération des Aveugles de France), de 31 semaines. Permettant l’obtention d’un Certificat d’Aptitude à l’Education et à la Rééducation de la Locomotion auprès des personnes Déficientes Visuelles (CAERLDV)
  • Montréal (DESS en optométrie : spécialité « orientation et mobilité », d’une durée de 10 mois à l’Université de Montréal)

 

Quelles sont pour vous les qualités requises pour exercer votre métier d’instructrice en locomotion ?

Il faut beaucoup de patience, savoir s’adapter aux personnes. Les déplacements pour les personnes en déficience visuelle sont source de stress.

Il faut savoir les rassurer, créer une relation de confiance avec eux, s’adapter à eux pour pouvoir bien travailler et les aider. C’est un processus qui peut être très long également.

Il faut aimer être dehors, marcher, quel que soit les conditions car la rue est notre principal lieu de travail. Il faut être tout terrain et ne pas être trop frileux !

 

Qu’est-ce qui fait que vous aimez votre métier d’instructrice en locomotion ?

C’est un métier qui est différent chaque jour. Même si j’ai un bagage technique important on essaye toujours de s’adapter à chaque personne. Cela rend le métier très riche humainement parlant. J’aime également le travail en équipe, avec mes collègues éducateurs chien-guide, avec la psychologue, avec les bénévoles et les familles d’accueil.

« Enfin j’aime l’idée d’accompagner des personnes pour qu’elles soient plus autonomes dans leurs déplacements, certaines renvoient un sentiment de liberté retrouvée, c’est très gratifiant. »

 

Si vous aviez quelque chose à changer dans votre métier d’instructrice en locomotion, ce serait quoi ?

Mieux faire connaitre notre métier pour éviter par exemple les quiproquos !

 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut faire votre métier d’instructrice en locomotion de l’association Les Chiens Guides d’Aveugles Grand Sud Ouest ?

Il faut comprendre que c’est un métier qui se fait après un diplôme d’état. Ainsi il faut avoir un diplôme dans le paramédical, psychomotricien, infirmier, ergothérapeute, et un certain niveau de STAPS pour intégrer la formation d’instructeur en locomotion.

« C’est un métier demandé sur un secteur qui se développe énormément. Le besoin existe, les structures se créent et le nombre de personnes désirant être prises en charge augmente également.

« Et il y encore beaucoup de départements en France qui manquent d’instructeurs en locomotion. Donc si c’est quelque chose qui vous intéresse, il ne faut pas hésiter à se renseigner. »

De plus, il y a la possibilité de se faire financer la formation par les employeurs.

 

Avez-vous une anecdote à raconter aux jeunes ?

Il m’est arrivé de me faire réprimander car je laisse traverser sans aide une personne déficiente visuelle pendant une séance. Sachant que lors du processus de formation, le but est de petit à petit leur laisser plus d’autonomie, plus il y a d’autonomie, plus on s’éloigne. Le but final étant que les personnes s’en sortent parfaitement bien mais seules.

C’est assez déstabilisant parfois, on essaye de leur expliquer mais on n’a pas toujours le temps.

 


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